JE vous aime, fleurs de nuit; je vous préfère à toutes vos sœurs qui brillent pendant le jour.
Quand le soleil vient de disparaître à l’horizon, lorsque les ombres descendent le long des rameaux, semblables à de longs cils qui s’abaissent, alors la fleur de nuit s’entr’ouvre, et les premiers rayons de l’étoile du soir viennent se jouer sur sa corolle.
Les fleurs et les étoiles sont sœurs: que se disent-elles?
Elles se racontent les longs ennuis de la journée; elles échangent leurs rayons et leurs parfums, elles mêlent leur âme à la grande âme de la nature.
Un sylphe évaporé vient les troubler dans leurs entretiens, mais la fleur de nuit ne l’écoute pas; la fleur de nuit n’est pas coquette.
Elle n’aime que ceux qui souffrent.
Comme le bruit du vent, comme le murmure de l’eau, le parfum de la fleur de nuit console.
Elle écoute la plainte du berger, elle sourit aux rêveries de la jeune fille, elle prête l’oreille aux chants du poète.
Sa molle senteur prête un charme secret à votre premier rendez-vous, elle vous enveloppe comme d’un voile d’innocence et de pureté.