Cependant Luigi, pour payer les robes, les rubans, les bijoux de Narcissa, avait vendu la maison de son père, sa barque, ses filets. Il ne lui restait plus rien.
Si au moins l’amour de Narcissa l’avait dédommagé! Mais elle passait son temps, devant son miroir, à peigner sa longue chevelure et à sourire à sa beauté. C’est à peine si son amant pouvait obtenir un mot ou un regard.
Luigi voyait bien que Narcissa la blonde ne l’aimait pas, mais il était ensorcelé.
Il y a des femmes douées d’un charme fatal.
Leurs yeux, au lieu de cicatriser les blessures qu’ils font, semblent les envenimer davantage. Le démon vous pousse à les aimer; c’est lui qui vous attire! Quel autre que le démon pourrait habiter le cœur de Narcissa?
Luigi lui dit encore une fois:—Quand m’épouseras-tu?
—Je n’épouserai, répondit-elle, que celui qui me donnera de beaux pendants d’oreilles, des chemises en fine toile, des boucles en diamants pour mes souliers et de belles bagues pour mettre à mes doigts.
Luigi prit sa carabine, la carabine qui avait servi à son père, le vieux soldat, et il partit pour la montagne.
Narcissa la blonde eut de beaux pendants d’oreilles, des chemises en fine toile, des boucles en diamants, de belles bagues et bien d’autres choses encore.
Toujours belle, toujours parée, toujours heureuse, elle courait les bals et les fêtes, sans songer au pauvre malheureux qui hasardait sa vie et le salut de son âme pour satisfaire les vains désirs de son cœur.