L’amour du beau Luigi, de Luigi le brave, flattait l’amour-propre de Narcissa, mais elle ne l’aimait pas.
Ce qu’elle aimait, c’était son jeune et beau visage, sa taille flexible, sa bouche souriante, ses yeux doux; c’était elle et non pas les autres.
Quand elle allait à la ville, elle disait à Luigi à son retour: J’ai vu les filles des bourgeois; elles sont moins belles que moi, et pourtant elles ont des casaques en velours et de beaux rubans à leur tête, et une croix d’or à leur cou.
Alors Luigi lui achetait une casaque en velours, de beaux rubans, et une croix d’or pour pendre à son cou.
—Es-tu heureuse, lui disait-il, maintenant que tu es belle?
Elle lui répondait:—Je suis heureuse parce que je suis belle.
—Quand m’épouseras-tu?
—Laisse passer la saison des vendanges: je veux danser encore une fois en liberté avec mes compagnes.
La saison des vendanges est, comme vous le savez bien, le temps des fêtes et des jeux, le temps des doux propos: la gaieté semble couler avec la liqueur nouvelle.
Puis venaient d’autres prétextes: l’hiver, la pêche du thon; l’été, la moisson; bref, l’époque du mariage se trouvait sans cesse reculée.