C’était jour de fête. Toutes les jeunes filles du bourg sortaient de leur demeure en beaux déshabillés.
Les unes allaient se promener dans la campagne, les autres accouraient aux sons du tambourin, donnant le gai signal de la danse.
Toutes songeaient à rire, à folâtrer, à s’amuser et à paraître belles.
Une seule restait enfermée chez elle: c’était Marcelle, la jolie fille à Jérôme le jardinier.
—Viens avec nous, Marcelle, lui criaient ses compagnes en passant: l’air est embaumé de la douce senteur de l’arbre aux prunelles, le ciel est bleu; viens avec nous à la danse de mai.
Marcelle secouait la tête doucement, et si quelque jeune garçon voulait lui jeter un bouquet, elle fermait ses volets et se mettait à travailler de plus belle.
Comme tout est propre et reluisant dans la chambre de Marcelle! on dirait qu’elle a communiqué sa grâce virginale à tous les objets qui l’entourent. Voilà son lit avec sa courte-pointe à franges blanches, l’armoire de noyer, la chaise de paille, le rouet de sa mère, l’étroit miroir fixé contre le mur, le bénitier, et l’image de la Vierge qui veille sur elle quand elle s’endort.
Si Marcelle travaille un jour de fête, ce n’est pas par avarice, au moins, ni par coquetterie: son aiguille se meut pour le pauvre. Aussi, comme elle va et vient avec rapidité, comme elle est agile et vive! Demain la vieille Jacqueline aura un casaquin bien ample, bien chaud, pour préserver ses membres usés et affaiblis des atteintes de la bise.
En faisant aller son aiguille, Marcelle chante sa chanson favorite:
Je voudrais être petite fleur.
Si j’étais petite fleur, je choisirais un endroit écarté dans la mousse,
Un endroit écarté au bord de l’eau,
Et cachée dans l’herbe, je passerais ma vie à regarder le ciel.