On est jeune, on est belle, on est femme, on entend deux voix qui chantent dans votre cœur.
L’une vous dit: Reste dans le pré à côté de la touffe d’herbe, sur le bord du ruisseau où le ciel te fit naître: le bonheur est dans l’obscurité.
L’autre murmure à votre oreille: La beauté et la jeunesse sont deux présents du ciel; malheur à l’avare qui les enfouit. Le ruisseau ne retient aucune image, la touffe d’herbe ne garde aucun parfum, le bonheur est parmi les hommes.
Longtemps l’âme flotte indécise, elle écoute les deux concerts: bientôt l’une des deux voix s’efface, l’autre continue à se faire entendre: c’est celle qui vante le bruit, l’éclat, les plaisirs du monde; il faut bien finir par l’écouter.
Alors on se lance dans le tourbillon des fêtes, des spectacles; on est d’autant plus adulée, plus recherchée, que le fond du caractère forme un piquant contraste avec la vie que l’on mène.
Un moment on peut se croire heureuse.
Mais bientôt survient le désenchantement, et avec lui le dégoût, la fatigue, le dédain.
Au milieu de toutes les joies extérieures, on éprouve le regret de l’ancienne existence, et le remords de celle qui est devenue votre partage.
Ne vous est-il jamais arrivé de voir, dans l’entraînement du bal, s’étendre subitement sur un front jeune et brillant un voile de tristesse, et de beaux yeux se détourner dans l’ombre pour pleurer?
Voulez-vous savoir ce qui cause cette tristesse, ce qui fait couler ces larmes?