C’est le regret de l’innocence perdue, c’est le souvenir de la douce obscurité d’autrefois.
VIII
UNE LARME DE FÉE
Les lumières qui éclairaient le château qu’habite Marcelle se sont éteintes depuis longtemps; les étoiles vont bientôt pâlir, le rossignol du bord de l’eau se hâte d’achever sa mélodieuse cavatine: c’est l’heure où la Fée aux Fleurs s’apprête à fermer les yeux des Belles-de-Nuit.
Elle s’avance d’un pied léger, pour ne pas troubler le sommeil qui commence à les gagner. Tout à coup elle s’arrête.
Un bruit inaccoutumé se fait entendre: des plaintes, des sanglots, puis l’écho affaibli d’une chanson mélancolique.
La Fée prête l’oreille; elle se dirige vers l’endroit d’où part le bruit. Est-ce le vent qui gémit dans un massif de trembles, ou la source qui pleure en quittant les flancs protecteurs du rocher?
Aucun vent ne ride la cime des arbres, la mousse empêche d’entendre le bruit de la source.
C’est une femme qui pleure, la Fée l’a reconnue.
C’est Marcelle qui a quitté son lit de soie et de duvet pour descendre dans la plaine.