La quatrième famille de cette classe est celle des asparagées, famille composée de genres qui paraissent bien divers. Ainsi, elle comprend les asperges, le muguet, le fragon épineux, les ignames, etc.
Après cette dernière se placent les joncées, qui ont beaucoup de rapports avec les cypéracées (voir [plus haut]); puis les commélinées et les alismacées, qui sont peu importantes, bien qu’elles offrent quelque ressemblance avec les liliacées; les colchicacées, parmi lesquelles se trouvent quelques plantes magnifiques, telles que les méthoniques, vulgairement appelées superbes du Malabar; les érithrones, les hélanias, la mérendère des Pyrénées. En automne, nos prairies se couvrent d’une grande quantité de fleurs roses charmantes: c’est le colchique, qui donne son nom à la famille.
Nous voici arrivés à la famille des liliacées, une des plus nombreuses et des plus brillantes du règne végétal, famille glorieuse, ainsi que l’appelait le célèbre botaniste Ventenat, qui la considérait comme la plus grande gloire de l’empire de Flore, appréciation mythologique qui, pour être bien vieille, n’en est pas moins juste. Nulle autre famille, en effet, n’égale celle des liliacées en richesse de couleurs, en élégance de formes, en suavité de parfums. Nommer quelques-unes des plantes qui la composent, suffit pour faire naître les pensées les plus riantes et les plus poétiques que le spectacle de la nature puisse inspirer. A la tête de cette splendide famille, il est juste de placer le lis blanc; puis, aux premiers rangs, le lis turban, dont les fleurs du plus beau rouge écarlate ou d’un jaune admirable ont la forme d’un turban; le lis martagon; le lis de Chalcédoine, aux couleurs purpurines éclatantes; le lis superbe (fig. 37), dont la magnifique girandole est portée sur une tige de près de cinq pieds de hauteur.
Plus humble dans son port, mais non moins riche de coloris, la tulipe suit immédiatement; elle est, sans contredit, un des plus beaux ornements de nos jardins par l’inépuisable variété de ses couleurs; du blanc le plus pur au brun le plus sombre, du rose tendre au violet, du jaune d’or au rouge le plus éclatant, il n’est aucune nuance qu’elle ne puisse offrir, et lorsque, pour la première fois, on jette un coup d’œil sur une plate-bande de tulipes bien choisies, on est tenté de pardonner les folies qu’on a faites, il y a un siècle, pour s’en procurer: à cette époque, certains oignons de tulipes furent payés jusqu’à vingt mille francs; on appela les amateurs exagérés qui faisaient de tels sacrifices des fous-tulipiers. Les fous-tulipiers ne sont pas encore rares de nos jours, et nous devons à M. Alphonse Karr, auteur de l’introduction de nos Fleurs animées, cette charmante anecdote qu’il a publiée ailleurs sous ce titre:
HISTOIRE VÉRITABLE D’UNE TULIPE
Un amateur de tulipes faisait l’exhibition de ses fleurs:—il s’était livré à tous les exercices usités en pareil cas,—entre autres, l’exercice de la baguette, qui consiste à appuyer la baguette de démonstration sur la tige de la tulipe, en feignant d’employer toutes ses forces, sans pouvoir réussir à la courber,—et à dire: «Je vous recommande la tenue de celle-ci: c’est une tringle, messieurs, c’est une barre de fer.»
En effet, il est convenu entre ces messieurs qu’une tulipe qui ne pèse pas le quart d’une once doit être portée par une barre de fer,—de même que, vers 1812, je crois,—il a été défendu aux tulipes d’être jaunes.
Il avait montré Gluck, cette plante si méritante,—à fond blanc strié de violet;—et Joseph Deschiens,—un vrai diamant, également blanc et violet;—et Vandaël, cette perle du genre, toujours blanche et violette;—et Czartoriski, fleur de 5e ligne, blanche et rose, remarquable par l’extrême blancheur des onglets;—et Napoléon Ier, et le Pourpre incomparable, et seize cents autres,—lorsqu’il arriva à une tulipe devant laquelle il s’arrêta avec un sourire ineffable, la désignant du geste,—mais sans parler;—un des visiteurs demanda si cette tulipe n’avait pas un nom comme les autres.
Le maître des tulipes mit un doigt sur sa bouche,—comme eût fait Harpocrate, le dieu du silence,—puis il dit: Voyez quelle magnificence de coloris,—quelle forme,—quels onglets, quelle tenue, quelle pureté de dessin,—quelle netteté dans les stries,—comme c’est découpé,—comme c’est proportionné!—C’est une tulipe sans défaut.
—Et vous l’appelez?