On dirait une fête où le dieu d’hyménée
Promène sur les flots sa pompe fortunée;
Mais les temps de Vénus une fois accomplis,
La tige se retire en rapprochant ses plis.
Les aroïdées, qui forment la deuxième famille de cette classe, ne sont pas moins remarquables. D’une racine ordinairement charnue et tuberculeuse s’élèvent de magnifiques feuilles palmées ou en fer de flèche, d’un vert plus ou moins foncé, quelquefois même diaprées du plus beau pourpre, et rivalisant alors d’éclat avec les fleurs elles mêmes. Au milieu de ces feuilles, et sur une hampe élancée, se déroule une spathe colorée en forme de cornet, enveloppant une colonne florifère à laquelle succède une belle grappe de baies colorées du plus brillant vermillon. Du cornet d’une aroïdée, la calle d’Ethiopie, s’échappe une odeur des plus suaves, tandis que des émanations fétides et cadavéreuses s’exhalent d’une autre espèce, l’arum serpentaire. Il est si rare de trouver réunies la beauté et la bonté!
La famille des typhacées ne se compose que de deux genres: le typha ou massette, et le rubanier ou ruban d’eau, dont on emploie les tiges et les feuilles pour tresser des paillassons, et dont le fruit contient une poudre inflammable.
TROISIÈME CLASSE
MONOPÉRIGYNIE
C’est dans la première famille de cette classe, les cypéracées, plantes herbacées, naissant dans des lieux marécageux, que se trouve le souchet papyrier, qui croît en abondance sur les bords du Nil, et avec lequel les anciens fabriquaient leur papier appelé papyrus. C’était en découpant, étalant et collant ensuite côte à côte les lames desséchées de son tissu, sur lesquelles on collait une autre couche de lames en croisant les fibres à angles droits, et passant la pierre ponce sur le tout, qu’on faisait ce grossier papier dont de nombreux restes ont cependant, malgré leur fragilité, traversé les siècles, et offrent aujourd’hui à notre curiosité les écritures autographes des Égyptiens, des Grecs et des Romains.
A cette classe aussi appartient l’immense et abondante famille des graminées. Les formes sveltes et élancées des graminées, qui permettent à un grand nombre d’occuper très-peu de place, s’harmonient si bien avec les formes variées des autres végétaux, que ce contraste et cette opposition ne lassent jamais. Mais des qualités plus précieuses rendent cette famille bien autrement intéressante: ces frêles végétaux portent la nourriture du monde; dans toutes les contrées, sous tous les climats, des semences de graminées forment l’aliment principal des hommes. C’est ainsi qu’en Europe, les céréales, le blé (fig. 36), le seigle, l’orge, ces antiques compagnons du genre humain, ces plantes si anciennement domestiques, qu’on ne les retrouve presque plus dans l’état sauvage, et qu’elles ne peuvent plus vivre loin de la tutelle de l’homme, sont la base de sa nourriture. Dans l’Inde, et dans tous les pays facilement submergés, le riz les remplace et suffit presque seul à la substantation de nations entières. Enfin, c’est encore dans la famille des graminées que se trouve la canne à sucre, originaire de la Chine, et qui, transportée à Saint-Domingue en 1506, fut ensuite répandue dans une grande partie de la région équatoriale de l’Amérique. Il est remarquable qu’elle a perdu la faculté de donner des graines; c’est par les rejetons qu’on la perpétue maintenant. La matière sucrée est contenue dans la tige. Pour l’en retirer on écrase les tiges, on met sur le feu la liqueur qu’on en obtient, et on l’épure par une série de procédés, jusqu’à en faire du beau sucre blanc et cristallisé, source de si nombreuses jouissances gastronomiques.
Après la famille des graminées, il n’en est pas de plus importante que celle des palmiers. Presque tous les palmiers sont de grands et admirables arbres dont la tige, qu’on appelle stipe, égale dans toute sa longueur, et ne se ramifiant point, forme une colonne élancée, terminée par une couronne toujours verdoyante de feuilles ailées ou en éventail. Les fleurs, qui se changent en grappes appelées régimes, sortent, entre les feuilles, d’une enveloppe particulière qu’on nomme spathe. Les palmiers sont tous habitants des contrées chaudes du globe et étrangers à l’Europe, à l’exception d’une seule espèce. C’est parmi eux que se trouvent les plus élevés des végétaux, comme le palmier cirier des Cordillères, qui produit une cire abondante propre à l’éclairage, et dont la hauteur dépasse souvent deux cents pieds: mais cette grandeur n’est rien en comparaison de leur utilité, des bienfaits qu’ils répandent autour d’eux, et qui en font un objet de respect et d’admiration. C’est parmi eux qu’un seul arbre, comme le cocotier, le sagoutier, suffit à tous les besoins de l’homme qui vit à ses pieds. Il n’est aucune des parties du palmier, à quelque espèce qu’il appartienne, qui ne serve à la nourriture ou à la conservation de la santé de l’homme. La tige de plusieurs, particulièrement celle du sagoutier, offre dans sa moelle, convertie par la vieillesse en une espèce de farine, un aliment éminemment nutritif, appelé sagou. Dans plusieurs autres, les feuilles non encore développées, rassemblées en bourgeon terminal, se mangent sous le nom de chou-palmiste. Leur séve, que l’on recueille au moyen d’incisions faites aux spathes, et qui fermente aisément à cause de la grande quantité de sucre qu’elle contient, fournit une liqueur excellente qu’on appelle vin de palmier, et dont on tire, par la distillation, une espèce d’eau-de-vie appelée rack. Mais c’est surtout à cause de leurs fruits que les palmiers sont éminemment précieux pour l’homme, et ces fruits délicieux, ils les portent en abondance. Le dattier offre aux habitants de la Syrie et de plusieurs autres contrées ses longs régimes de dattes savoureuses, nourriture tellement indispensable pour un grand nombre de tribus arabes, que ces peuples ne peuvent croire qu’il y ait au monde des pays habités où l’on ne trouve point de dattier. Le cocotier fournit aux Indiens une nourriture aussi agréable qu’abondante, et le lontar des Sechelles abandonne tous les ans aux flots ses fruits d’une forme bizarre, les plus gros qui soient portés par un arbre. Cette espèce de flotte vient aborder régulièrement aux îles Maldives. La singulière apparition de ces fruits, dont on ignorait autrefois l’origine, avait fait penser qu’ils étaient produits par des plantes sous-marines. Enfin, des tiges souples du palmier on fait des cordages, des nattes, des siéges, des cannes, etc.; et telle est la beauté de ce végétal, les bienfaits qu’il répand ont éveillé dans le cœur de l’homme un si vif sentiment de reconnaissance, que l’on a fait des feuilles du palmier l’emblème des plus hautes récompenses et le symbole de la victoire.