Cette classe est la plus nombreuse du règne végétal; vingt-trois familles la composent. La première est celle des renonculacées, famille aussi dangereuse que belle, dont presque tous les individus ont des propriétés vénéneuses; telles sont la renoncule âcre, la rampante, appelée bouton-d’or, la renoncule aquatique, la scélérate, la clématite brûlante, appelée vulgairement herbe aux gueux, parce que les mendiants s’en servent souvent pour se donner des ulcères factices.

Cela n’empêche pas qu’un grand nombre de renonculacées soient cultivées dans les jardins à cause de la beauté de leurs fleurs. Les plus remarquables sont le gant de Notre-Dame, le pied-d’alouette, toutes les variétés d’anémones, les pivoines, etc. C’est aussi à cette famille qu’appartiennent les aconits, dont une espèce, l’aconit napel, servait à empoisonner les flèches dans l’antiquité. Bien que le suc de cette dernière plante soit encore une substance très-dangereuse de nos jours, il est permis de penser qu’elle a perdu quelque chose de sa violence, de même que la ciguë, qui, au témoignage de l’histoire, était, dans l’antiquité, un poison des plus violents et des plus infaillibles, et qui est maintenant, dans nos contrées, une plante presque anodine. Le meilleur est pourtant de ne pas s’y fier.

La famille des papavéracées n’est pas moins remarquable que la précédente: les sucs de ces plantes offrent des colorations diverses, à l’aide desquelles les sauvages de l’Amérique se teignent le corps. Presque tous les genres de papavéracées jouissent de propriétés narcotiques; mais c’est surtout dans le pavot d’Orient (papaver somniferum), très-cultivé dans nos jardins, que cette propriété se trouve à un haut degré. La meilleure espèce est celle de Perse; c’est d’elle qu’on tire l’opium, qui est d’un usage si général parmi les Orientaux, chez lesquels il remplace les liqueurs spiritueuses, proscrites par la loi de Mahomet. L’opium, dans ces contrées, se prend en infusion ou il se fume mêlé avec du tabac. Pris à petite dose de l’une ou de l’autre manière, l’opium excite la gaieté et plonge dans une douce ivresse; à une dose plus forte, il détermine l’assoupissement, le délire, la mort. L’abus que font les Orientaux de cette substance est la seule cause de l’espèce d’engourdissement moral dans lequel ces peuples sont constamment plongés. Il faut qu’il soit bien difficile de renoncer à l’usage de l’opium quand on en a l’habitude, puisque la peine de mort prononcée par la loi, en Chine, contre tout fumeur, mangeur, vendeur ou acheteur de cette substance, n’a pu y faire renoncer la population. L’empereur, voulant absolument détruire ce déplorable usage, a tenté d’interdire l’accès de ses États aux navires anglais chargés d’opium. Mais les Anglais, marchands avant tout, lui ont fait la guerre, et le grand souverain du Céleste Empire a dû se résigner à laisser empoisonner ses sujets. Il y a des gens qui voient là un progrès de la civilisation!

La famille des crucifères comprend les ravenelles, les giroflées, les juliennes, charmantes fleurs qui ornent et embaument nos parterres; le genre raifort, rave, radis, cresson, appartient aussi à la famille des crucifères, de même que le genre chou, dont les variétés sont innombrables, le colza, le turneps, le navet, le pastel, dont on retire l’indigo, la moutarde, etc.

Les capparidées forment une famille beaucoup moins nombreuse et moins importante; on y remarque pourtant le câprier, dont les fruits se mangent confits dans du vinaigre, et le réséda, modeste fleur dont l’odeur est si agréable.

Les sapindées forment la cinquième famille de cette classe. Toutes les plantes de cette famille sont exotiques; la principale est le savonnier: ses fruits sont revêtus d’une écorce savonneuse dont on se sert en Amérique et aux Indes pour blanchir le linge.

La famille des acéridées est aussi fort restreinte, puisqu’elle ne se compose que des érables, des marronniers et des frênes. L’érable produit le sucre en assez grande abondance; il suffit, pour obtenir cette substance, de faire une incision à l’arbre; il en découle un sirop que l’on cristallise facilement. C’est du frêne à fleurs qu’on obtient la manne. A voir ces énormes marronniers d’Inde qui font l’ornement de nos plus belles promenades, on pourrait croire que quelques-uns sont âgés de plusieurs siècles; il n’en est rien pourtant, car le premier individu de ce genre ne fut apporté en France qu’en 1615; on le planta à l’hôtel Soubise, et ce fut encore bien longtemps après que la beauté de ses fleurs le fit adopter comme arbre d’ornement.

Les malpighiacées ont beaucoup d’analogie avec les acéridées. On doit la découverte de cette famille au célèbre botaniste Malpighi, qui lui donna son nom. Quelques genres de malpighiacées donnent des fruits assez estimés dans les îles de l’Amérique et du Pérou.

Les hypéricées, dont les genres sont vulgairement appelés millepertuis, doivent ce nom à la grande quantité de points glanduleux, transparents, dont leurs feuilles sont souvent parsemées. Plusieurs genres de cette famille donnent un suc résineux connu sous le nom de gomme-gutte d’Amérique.

Il en est de même de la plupart des genres de la famille des guttifères.