Après les rosacées se placent immédiatement les légumineuses, nombreuse et bienfaisante famille qui comprend les pois, les fèves, les haricots, les lentilles, le caroubier, les bois de teinture dits du Brésil, l’acacia, les genêts, les tamariniers, la pistache de terre, dont les gousses, après la fécondation, s’enfoncent dans le sol pour y mûrir.

L’indigotier, membre de la même famille, mérite une mention particulière; c’est de lui qu’on obtient cette belle couleur bleue qui donne aux vêtements des dames une grâce, une élégance que ne comporte aucune autre couleur. L’indigotier est un charmant petit arbuste, originaire des Indes orientales, et qu’on cultive avec succès aux Antilles et dans l’Amérique méridionale. Lorsque les fleurs de l’indigotier commencent à paraître, ce qui arrive trois mois après qu’on l’a semé, on en coupe les feuilles; quarante ou cinquante jours après on en fait une seconde récolte, puis une troisième, qui est ordinairement la dernière, et alors on coupe tiges et feuilles. De ces feuilles et tiges on obtient, par le lavage, une fécule qu’on laisse fermenter, puis on la fait sécher, et elle forme ce beau bleu auquel la plante a donné son nom.

Napoléon, ce génie universel, voulant, par tous les moyens, ruiner le commerce anglais, tenta de faire remplacer l’indigo par le pastel, comme il avait remplacé la canne à sucre par la betterave. Le pastel donne en effet une belle couleur bleue, mais elle ne saurait être comparée à l’indigo: il n’est pas donné, même aux plus grands génies, de faire tous les jours des miracles.

D’autres plantes de cette famille fournissent d’excellents fourrages; tels sont les sainfoins, les trèfles, les luzernes, etc., qui ont en outre la propriété de végéter sans altérer la terre qui les nourrit.

C’est aussi à la famille des légumineuses qu’appartient le genre mimosa, plantes qui présentent au plus haut degré les phénomènes du sommeil et de l’irritabilité des végétaux. C’est dans le genre mimosa que sont placées les sensitives proprement dites, l’acacia de Constantinople, celui de Farnèse, la sensitive grimpante, dont les gousses atteignent quelquefois la hauteur d’un homme, et l’acacia du Nil, qui produit la gomme arabique, unique nourriture des Maures et des Arabes dans leurs longs voyages à travers les déserts. Un morceau de cette gomme, gros comme une noix, et quelques gouttes d’eau, cela suffit pour vingt-quatre heures à la nourriture d’un enfant du désert. Et puis on s’étonne que ces peuplades, malgré leur ignorance, soient indomptables! Les Espagnols sont le seul peuple de la terre dont la sobriété approche de celle des Arabes. C’était un objet de risée pour nos soldats, en Espagne, pendant la guerre de l’indépendance (1808 à 1814), de voir, à l’arçon de la selle des chevaux montés par les officiers espagnols, une chocolatière en guise de pistolets; pourtant cette chocolatière nous était plus funeste que ne l’eussent été les meilleures armes offensives. Grâce à sa chocolatière et aux tablettes de chocolat contenues dans son portemanteau, l’Espagnol n’avait pas à s’occuper de sa subsistance; il n’avait besoin ni de rations de pain, ni de rations de viande, riz, sel, etc. Pendant une halte de dix minutes, il battait le briquet, mettait le feu à quelques broussailles, et faisait son chocolat, qu’il avalait aussitôt; cela terminé, il pouvait se battre pendant vingt-quatre heures sans que son estomac l’obligeât à s’occuper d’autre chose. Il est donc bien vrai que l’estomac et le cœur sont antipathiques; le dernier peut entraîner à bien des folies, le premier ne fait faire que des sottises.

Le cachou est encore un produit de la même famille, qui compte aussi parmi ses membres l’arbre de Judée et le baguenaudier commun, deux des principaux ornements des jardins d’une certaine étendue.

Enfin, la famille des légumineuses compte parmi ses membres le lotier pied-d’oiseau et le sainfoin oscillant. Ce fut le premier de ces végétaux qui fit soupçonner à Linné les changements qu’éprouvaient les plantes pendant la nuit. Cet homme de génie ayant remarqué un soir, en se promenant dans son jardin, à Upsal, que les fleurs du lotier avaient disparu, pensa d’abord qu’elles avaient été arrachées, et il passa outre; mais quelle fut sa surprise lorsque le lendemain, dans le cours de la journée, il les retrouva sur la plante, aussi belles et aussi fraîches qu’avant leur disparition! Il comprit qu’il s’opérait dans ces plantes un phénomène inconnu jusqu’alors, et pendant trois nuits entières il se tint en observation près des lotiers. Ce fut ainsi qu’il déroba à la nature son secret, et qu’il découvrit l’intéressant et étonnant phénomène du sommeil des plantes, que quelques-uns de ses devanciers avaient seulement soupçonné.

Le sainfoin oscillant n’est pas moins remarquable sous ce rapport que le lotier. Cette plante, originaire des Indes, a des mouvements singuliers: les deux folioles latérales, continuellement agitées, décrivent un arc de cercle dans l’espace de deux minutes. Le plus ordinairement, l’une se porte vers le haut, tandis que l’autre s’abaisse. Ce mouvement se continue dans les feuilles détachées de la plante, et il peut même exister pendant plusieurs jours, si l’on a soin de mettre le pétiole dans l’eau. Chose plus remarquable encore, le mouvement cesse dès que l’époque de la fécondation de la plante est passée. Les Indiens attribuent à ces folioles des propriétés extraordinaires, et ils en composent des philtres... Ne nous en moquons pas trop: ces philtres-là pourraient être des cousins germains de nos tisanes.

Les térébinthacées forment aussi une famille d’une grande utilité à cause des beaux vernis qu’elles produisent; c’est à cette famille qu’appartient le pistachier, dont les amandes vertes sont si fort en honneur chez les confiseurs et les glaciers.

On cultive, dans les contrées méridionales de l’Europe, deux espèces du genre pistachier, le lentisque et le pistachier térébinthe. C’est du premier de ces arbres que provient le mastic du commerce; l’autre donne la térébenthine la plus recherchée, celle dite de Chio: les Orientaux la mâchent habituellement pour se parfumer la bouche.