Les liliacées ne forment pas non plus une famille bien nombreuse; mais elle comprend des arbres remarquables, les tilleuls, dont les fleurs, les baies, le bois, l’écorce, sont d’une si grande utilité.
Les cistées, les rustacées sont deux familles peu importantes de cette même classe; mais il n’en est pas de même de la vingt-troisième et dernière famille de l’hypopétalie, celle des cariophyllées, comprenant ces belles et nombreuses variétés d’œillets qui charment les yeux et embaument les airs: la bourbonnaise, la croix-de-Jérusalem ou de Malte, les agrostèmes, les béhens, la nielle des blés, et enfin le lin, si utile à la santé des hommes.
QUATORZIÈME CLASSE
PÉRIPÉTALIE
Les portulacées, première famille de cette classe, doivent leur nom au genre pourpier, le principal de cette famille, qui n’offre rien de remarquable.
Les saxifragées forment une famille nombreuse dont quelques espèces contribuent à l’embellissement des jardins, comme la mignonnette, le gazon de Sibérie, deux charmantes petites plantes dont on fait de jolies bordures, et le rossolis à feuilles rondes, autre petite fleur dont les feuilles sont si irritables, qu’elles se crispent à l’instant au contact du corps le plus léger. Malheur à l’insecte qui vient s’y poser! il périt, retenu par le suc glutineux qui les recouvre.
Les crassulées, que Linné appelait plantes succulentes, et auxquelles on a aussi donné le nom de plantes grasses, comprennent les crassules proprement dites et les joubarbes. Le premier genre n’offre de remarquable et digne des soins de l’horticulteur que la crassule écarlate, originaire d’Afrique, jolie fleur très-recherchée des amateurs, et le rhodiola rosea, d’un aspect peu séduisant, mais dont les racines exhalent une délicieuse odeur de rose. Les joubarbes forment un genre très-nombreux. On cultive peu cette plante, qui n’offre rien d’agréable à la vue. Cependant, dans certaines contrées, on mange les feuilles de plusieurs espèces de joubarbes, et deux autres espèces, l’orpin et le poivre des murailles, ont été pendant fort longtemps et sont encore quelque peu de nos jours employées en médecine; mais quelle est la plante qui n’a pas eu cet avantage ou ce malheur? Le règne végétal tout entier n’a-t-il pas été la proie de ces prétendus guérisseurs? Est-il une pauvre petite plante qui ait échappé à leur barbarie; une contre laquelle ils n’aient employé le fer et le feu; une seule qu’ils n’aient hachée, disséquée, broyée? Heureusement cette férocité s’est amoindrie depuis quelques années; les médecins mutilent moins de plantes et leurs malades meurent un peu moins vite: que le ciel les fasse persévérer dans cette voie!
La famille des cactoïdes est aussi presque entièrement composée de plantes grasses. Rien n’est plus bizarre que les différents genres de cette famille. C’est à elle qu’appartiennent les cierges ou cactiers, plantes admirables par la diversité de leurs formes, l’éclat, la beauté de leurs fleurs, l’abondance de leurs sucs rafraîchissants, qui leur a fait donner, par Bernardin de Saint-Pierre, le nom de sources végétales du désert. Le nopal est l’espèce la plus intéressante de cette famille: c’est sur lui qu’habite et qu’on recueille la cochenille, insecte précieux à cause de la belle couleur écarlate qu’on en tire. La tige du cierge du Pérou qu’on cultive au Jardin des Plantes, à Paris, est ronde, droite, et s’élève à quarante pieds de haut; dans le cierge à grandes fleurs, la tige est rampante, disposition qui lui a fait donner par les amateurs le nom de grand cierge serpentaire. Enfin, c’est dans cette famille que se trouve la plante appelée glaciale, ou licoïde cristallin, nom qu’elle doit à la transparence des vésicules dont elle est couverte, qui la font ressembler à de la glace.
Un des principaux genres des onagrées, cinquième famille de la quatorzième classe, sont les épilobes, remarquables par le mouvement de leurs étamines à l’époque de la fécondation. C’est à ce genre qu’appartiennent le laurier de saint Antoine et l’épilobe à feuilles étroites, dont les racines sont un mets fort recherché dans certaines contrées. Un autre genre de cette famille, l’onagre bisannuelle, concourt à l’ornement des jardins par deux belles fleurs, l’onagre à fleur rose, originaire du Pérou, et l’onagre à grandes fleurs, qui vient de l’Amérique septentrionale. Enfin, à cette famille importante appartiennent encore le santal, dont le bois aromatique est employé dans les parfums, et la macre, connue en France sous le nom de châtaigne d’eau, fruit d’un goût très-agréable.
Les myrtées, sixième famille de cette classe, comprennent quelques arbres et arbrisseaux dont les fruits sont délicieux; le grenadier, le goyavier-poivre, le jambosier, sont de ce nombre. Le grenadier, qui croît naturellement en Afrique, a été cultivé avec succès dans le midi de l’Europe, où il s’est parfaitement naturalisé, particulièrement dans les contrées méridionales de la France. Il faut mettre aussi au nombre de ces précieux végétaux l’angolan du Malabar, qui atteint souvent plus de trente mètres de hauteur, et dont les fruits sont des plus savoureux; et puis encore le giroflier, dont les fleurs non écloses, connues sous le nom de clous de girofle, tiennent un rang si honorable dans les laboratoires du distillateur, du confiseur et de l’artiste culinaire. Enfin, à cette famille appartiennent le syringa, dont on cultive deux espèces, l’odorante et l’inodore, et le myrte, pauvre petit arbrisseau bien inoffensif, bien modeste, dont on a fait le symbole de l’amour heureux, pour exprimer apparemment que l’amour satisfait est une chose assez triste, maussade, à laquelle conviennent l’ombre et le sommeil.
La famille des mélastomées, celle des lythrées sont peu remarquables; mais après elles viennent les rosacées. Un volume ne suffirait pas pour faire l’histoire de la rose, et nous serions bien pâle auprès de l’artiste et du biographe qui ont si heureusement réuni leurs efforts pour donner une âme à cette belle reine. Mais, pour être moins brillante, notre tâche n’en est pas moins douce: s’ils ont fait un délicieux portrait du plus bel enfant de la famille, ils n’ont rien dit des autres: ils ont usé de leur esprit, de leur admirable talent; ils ont fait de l’art et dédaigné la science; ils ont laissé au savant les miettes de leur table; mais ce sont des miettes abondantes et savoureuses, car les rosacées comprennent les fraisiers, les framboisiers, les pêchers, pruniers, abricotiers, amandiers, cerisiers, pommiers, poiriers. Ainsi, les rosacées ne sont pas seulement l’honneur de nos jardins, elles sont aussi l’honneur de nos tables; c’est la beauté et l’abondance: nulle part le parfum et la saveur ne sont plus délicieusement et plus intimement unis. N’est-il pas vrai que les couleurs veloutées de la pêche le disputent à la rose pour l’éclat? Que de charmes, de volupté dans ces formes arrondies!... Et la pêche n’a point d’épines; et la framboise fait pardonner les siennes, non-seulement par son parfum, mais aussi par sa délicieuse saveur... Ah! roses, que ne devez-vous pas au savant qui vous a mises en si bonne compagnie! Vous voyez bien, mes belles, que la science est bonne à quelque chose: grâce à elle, nul n’a le droit de vous exclure de cette brillante et somptueuse réunion; vous êtes, comme la pêche, comme la cerise, comme la fraise, etc., de jolies dicotylédones polypétales périgynes. Vos titres de noblesse sont palpables, authentiques, nul ne peut les contester. Allez, soyez flattées, vantées, chantées, et surtout ne faites pas fi de vos sœurs dont les traits sont moins brillants que les vôtres, mais dont le cœur est plus doux!