Le genre jujubier est exotique à l’Europe; l’espèce cultivée est depuis longtemps acclimatée dans la Provence et le Languedoc: c’est cette espèce qui produit les jujubes, fruit assez peu estimé parmi nous, mais dont on fait une assez grande consommation en Égypte. Ce doit être aussi dans ce dernier pays un fruit très-substantiel, puisque l’histoire rapporte que l’armée d’Orphellus, traversant l’Afrique pour se rendre à Carthage, ne vécut que de jujube pendant ce long trajet.
QUINZIÈME CLASSE
DICLINIE
La première famille de cette classe se compose des euphorbiées, plantes généralement suspectes. Elles varient beaucoup dans leur port, et contiennent la plupart un suc laiteux, âcre, caustique, qui peut donner la mort. Toutefois, ce principe se volatilise aisément, et les plantes qu’on a desséchées peuvent ensuite être employées sans inconvénient. C’est ainsi que la racine du manioc devient très-salubre lorsqu’on a séparé sa fécule abondante du suc vénéneux dont elle est imprégnée; on fait de cette fécule d’assez bon pain dans toute l’Amérique et dans une partie de l’Asie et de l’Afrique.
Le ricin, dont l’huile est employée à divers usages, appartient à la même famille. Le ricin commun, que l’on appelle palma-christi, est un bel arbre de dix mètres de hauteur, dont les feuilles palmées sont d’un très-bel effet sur les côtes de Barbarie, d’où il est originaire; mais, ainsi que nous l’avons dit ailleurs, cultivé en Europe, le ricin n’offre plus qu’une plante herbacée annuelle. Cependant, si on l’abrite convenablement dans une orangerie quand viennent les grands froids, la tige, au lieu de mourir, durcit, persiste et devient ligneuse, ce qui prouve que la température seule a pu la réduire à la condition de plante herbacée. Mais ce n’est pas la seule singularité que présente le ricin: ses semences sont composées d’une substance blanche, ferme, laiteuse, analogue à celle des amandes; ces semences recèlent une huile abondante, et cette huile peut être un comestible très-agréable ou un poison très-actif, selon le procédé qu’on emploie pour l’obtenir. Voici l’explication de cette espèce de phénomène: la partie supérieure des grains, le tégument, contient une substance émulsive, oléagineuse et douce; mais la partie intérieure, où se trouve le germe de la plante, contient un suc essentiellement vénéneux qui peut causer les accidents les plus graves.
Si donc on presse cette graine modérément, on obtient une huile délicieuse; mais si la pression atteint le germe de manière à en exprimer le suc, l’huile qu’on en tire n’est plus qu’un médicament dont on ne peut faire usage qu’avec toutes les précautions usitées pour les substances vénéneuses... Et remarquez, Mesdames, que nous disons médicament pour ne pas avoir l’air, nous profanes, de nous jeter un peu trop à corps perdu dans l’opposition à l’endroit de messieurs de la Faculté, gens fort peu plaisants de leur nature; toutefois, nous ne sommes pas de ceux qui pensent que la parole a été donnée à l’homme pour déguiser sa pensée, et nous pensons qu’il est toujours sage de se défier de ces gens dont les lèvres sont enduites de miel et qui n’ont que le fiel dans le cœur.
Les cucurbitacées forment la deuxième famille, qui comprend les pastèques, potirons, concombres et melons... famille bien innocente, n’est-ce pas? les melons surtout; chair fade trop souvent, il est vrai, aqueuse, débilitante, d’une odeur nauséabonde, mais, au demeurant, d’une parfaite innocuité.
Telle est l’opinion que nous formulions, il y a quelque temps, dans une réunion de naturalistes où l’on avait admis quelques profanes.
—Monsieur, nous dit un de ces derniers, je respecte votre opinion, mais je suis heureux de pouvoir le déclarer solennellement, j’exècre les melons.
Comme cela se passait vingt minutes avant l’heure fixée pour le banquet, ces paroles produisirent une certaine émotion, car c’était au mois de juillet, et l’odeur d’excellents melons, formant une partie des hors-d’œuvre, pénétrant jusque dans la salle de nos conférences, affectait agréablement les nerfs olfactifs de la majeure partie des savants réunis.
—Je vois bien que cela vous surprend, messieurs, reprit l’anti-meloniste, eh bien, écoutez: J’avais un frère, c’était une nature d’élite, il était fort comme Hercule, penseur comme Montaigne et beaucoup plus savant qu’Aristote. C’était en 1824; il venait d’être reçu avocat et de se marier presque simultanément, et il avait établi son domicile à Paris, dans le quartier latin, rue Percée, no 12. Le 23 août de cette fatale année, il allait se mettre à table avec sa jeune femme, lorsque celle-ci témoigna le désir de manger du melon.