Les plantes en pots ou en caisses mobiles ne pourraient supporter la gelée comme elles le supporteraient en pleine terre; car, dans ce dernier cas, la gelée n’a de prise que sur la surface, tandis que les pots et les caisses en sont frappés de tous les côtés. Il est donc nécessaire de les placer, pendant la mauvaise saison, dans une serre froide ou orangerie où la température ne soit jamais moindre de trois degrés au-dessus de zéro. A défaut de serre, on pourra facilement disposer une chambre de manière à ce qu’elle en tienne lieu. Il suffira que cette chambre soit bien éclairée, point humide et assez grande pour que les plantes y soient à l’aise. La cheminée, s’il y en a une, sera bouchée, et l’on placera au milieu de cette pièce un poêle, à l’aide duquel on entretiendra une température à peu près égale, sans jamais dépasser cinq degrés centigrades au-dessus de zéro. L’eau avec laquelle on arrosera les plantes de temps en temps devra être au même degré que l’atmosphère de la chambre. La chambre-serre ne doit pas être habitée, les personnes et les plantes se trouveraient également mal d’une cohabitation. L’air de la serre doit être souvent renouvelé, et l’on choisit pour cela le moment de la journée où le froid est le moins vif. On ouvre alors les fenêtres, en ayant soin de consulter le thermomètre. L’expérience apprendra aisément quelles sont les plantes auxquelles le grand jour est le plus nécessaire, et celles-ci seront placées près des fenêtres.
On pourrait encore faire construire ce que l’on est convenu d’appeler des serres-fenêtres; mais cela est dispendieux, dangereux et incommode. Cependant il est facile de convertir, sans inconvénient, en serres les fenêtres à doubles croisées entre lesquelles la distance serait assez grande.
Au reste, il ne saurait y avoir sur ce point des règles particulières; c’est le cas de prendre conseil des circonstances, des localités, des dispositions, etc.
MULTIPLICATION DES PLANTES
On a vu dans la botanique que toute graine renferme le germe d’un végétal aussi complet que celui qui l’a produite, et qu’il suffit de confier cette graine à la terre pour que la reproduction s’accomplisse; mais les plantes ne se reproduisent pas seulement par ce moyen: la vie est si puissante en elles, elles sont si heureusement douées, que presque chacune de leurs parties est un tout qui ne demande pour se développer qu’un peu de terre, d’air et de soleil; ainsi, indépendamment de la reproduction par semis, les plantes se multiplient par caïeux, par bulbes, œilletons, rejetons, boutures, éclats de racines, marcottes, greffes, etc.
MULTIPLICATION PAR GRAINES
Ce moyen de reproduction est le plus naturel, mais il est aussi le plus lent. C’est par semis qu’on obtient des variétés de la même espèce; les sujets obtenus de cette manière s’acclimatent mieux au lieu qu’on leur assigne; ils sont plus vigoureux que ceux résultant des autres procédés; ils vivent de leur vie propre, tandis que la vie des plantes obtenues de toute autre manière est en quelque sorte entée sur celle d’autres sujets. Mais il est fort difficile de se procurer de bonnes graines, même chez les marchands les plus renommés. Le plus sûr est de les récolter soi-même et de les étiqueter soigneusement, afin de ne pas éprouver de ces déceptions d’autant plus fâcheuses que le mal est sans remède. En voici un exemple entre mille.
Mme la baronne de X..., charmante personne, accoutumée à voir tous les obstacles disparaître devant sa volonté, s’était tout à coup senti une vive passion pour l’horticulture. C’était au commencement du printemps, et devant les appartements de la baronne s’étendait une belle terrasse. Des caisses-parterres sont construites sous les yeux de la noble et belle jardinière; elle-même les garnit de terre parfaitement choisie; puis elle fait acheter des graines, et la voilà manœuvrant la houlette et le plantoir, et semant serré, sauf à élaguer ensuite. Les graines lèvent à merveille; la baronne est enchantée; c’est avec la tendresse d’une mère qu’elle veille sur ces pauvres petites plantes dont elle attend de si belles fleurs. «Toutes mes bordures, disait-elle, sont en pieds-d’alouette doubles et variés: au centre l’hortensia, la digitale, les pivoines, etc... Ce sera charmant... et tout cela me devra la vie!»