Elle trouvait que les jours passaient trop lentement; mais elle se disait que tout arrive à point à qui sait attendre, et elle s’efforçait de faire taire son impatience. Les plantes grandissaient; les caisses semblaient couvertes d’un tapis de verdure; mais les premiers jours de juin arrivèrent et les fleurs ne paraissaient pas. Mme de X... reçut à cette époque la visite d’un savant horticulteur; elle voulut avoir son avis sur ses plantations, savoir la cause du retard de la floraison, et elle le conduisit sur sa terrasse. Au premier aspect l’horticulteur ne peut retenir un éclat de rire.

—Pardon, belle dame, dit-il ensuite; mais, pour Dieu, qu’avez-vous semé là?

—Du pied-d’alouette qui doit être superbe, des pivoines, de...

—En ce cas, il faut que quelque sorcier ait passé par là, car vos bordures sont de très-belles carottes; je vois au centre des radis noirs d’une végétation très-satisfaisante, des oignons de cuisine de la plus belle espèce, et...

—Mauvais plaisant!

Pour toute réplique, le savant se baissa et arracha de petites carottes très-bonnes à mettre en ragoût; de petits oignons propres au même usage, et quelques radis d’une assez belle venue. Le désappointement de la baronne fut tel, qu’elle renonça à l’horticulture et fit sur-le-champ enlever les caisses.

Le temps le plus convenable pour semer est le printemps: les graines nouvelles donnent en général des sujets plus robustes, plus sains, d’une végétation plus vigoureuse que les vieilles; mais les fleurs de ces derniers ont plus d’éclat, et l’on en obtient plus facilement des variétés, pourvu toutefois qu’elles aient été conservées avec soin à l’abri de l’humidité.

Les graines fines se mêlent avec du sable fin, ce qui aide à les semer également; on frotte dans ce sable les graines qui sont garnies de poils et d’aigrettes. La terre étant bien préparée, nettoyée et ameublie, on sème les graines fines à la surface, puis on appuie dessus avec la main, le pied ou une planche; ensuite on arrose légèrement et on recouvre d’une petite couche de terreau. Les graines grosses, comme les pois, les haricots d’Espagne, etc., se plantent par une, deux ou trois, dans des trous faits avec le plantoir à quatre ou cinq centimètres de profondeur; on arrose, puis on remplit le trou de terre mêlée de terreau. Les semis en terrines et en pots ont cet avantage qu’on peut les arroser en dessous en plongeant dans l’eau le vase jusqu’au tiers de sa hauteur; le fond du vase étant percé, l’eau monte doucement dans la terre et active singulièrement la végétation. Soit que l’on sème pour rester en place ou pour relever le plant et le repiquer, les soins à donner sont les mêmes.

Les grosses graines germant plus lentement que les petites, on peut en hâter la germination en les faisant tremper dans l’eau pendant vingt-quatre heures avant de les mettre en terre. S’il s’agit d’un semis de noyaux, il faut les faire stratifier pendant plusieurs mois avant de les employer. Pour cela, on met dans un baquet un lit de noyaux sur une couche de sable fin; on les recouvre d’une autre couche de sable, et ainsi de suite. Cela se fait en automne. Lorsque le froid commence à se faire sentir, on place le baquet à la cave. On arrose fréquemment. Au printemps, les noyaux sont germés et on peut les planter.

Les graines d’un certain nombre de plantes ayant besoin pour germer d’une chaleur plus grande que celle de la température ordinaire du printemps, les jardiniers qui cultivent en grand les sèment sur couches. Dans les petits jardins, sur les terrasses et les balcons, on pourra remplacer les couches par un procédé très-simple: au milieu d’une caisse-parterre, on pratiquera un trou de deux mètres de circonférence; on l’emplira aux deux tiers de fumier de cheval bien tassé, puis on achèvera de le remplir avec de la terre franche mêlée de terreau, et on sèmera dessus. C’est ce qu’on appelle semer sur capot. Il faudra arroser peu et souvent. Si la plante est délicate, on la couvrira d’une cloche qu’on lèvera très-peu d’abord, vers le milieu du jour, puis successivement un peu plus, jusqu’à ce qu’elle ait acquis assez de force pour supporter l’air libre. C’est alors seulement qu’on pourra la transplanter sans danger.