Bien que la méthode que nous venons d’enseigner pour faire des boutures soit la plus généralement employée, il en est pourtant d’autres: ainsi, un an avant de couper la branche, on l’entoure quelquefois d’un fil de fer serré en anneau à l’endroit où elle doit être mise en terre. Cet anneau, interceptant une partie de la séve, il se forme à cet endroit une espèce de bourrelet qui facilite la reprise; c’est ce qu’on nomme bouture à bourrelet.
Il arrive aussi qu’on détache la branche d’une autre branche, en amputant une partie de cette dernière, qui doit former une sorte de crochet; c’est la bouture en crochet.
Les boutures des plantes dont le bois est dur, sec, se mettent en pot, rempli de terre de bruyère. Ce pot doit être ensuite enfoncé jusqu’au niveau de son bord dans une couche ou dans le capot d’une caisse-parterre (voir plus haut [multiplication par graines]), et l’on couvre ce pot d’une cloche que l’on soulève de temps en temps, jusqu’à ce que la bouture soit assez bien reprise pour supporter l’air libre; c’est ce que les jardiniers appellent bouture étouffée.
MULTIPLICATION PAR GREFFE
La greffe est le triomphe de l’art sur la nature, c’est l’opération d’horticulture la plus utile et la plus merveilleuse. Jusqu’ici nous avons vu les plantes se reproduire, se multiplier par d’ingénieux procédés; maintenant nous allons les voir se métamorphoser de mille manières. C’est là certainement un des plus grands, des plus inexplicables mystères de la végétation. Par exemple, les personnes étrangères à l’horticulture croient communément qu’en plantant un noyau de cerise, on pourra obtenir, avec le temps, un cerisier donnant des fruits de la même qualité que celui auquel appartient le noyau; cela est logique, c’est tout ce qu’il y a de plus rationnel. Eh bien, cela n’est pas vrai: plantez le noyau d’une de ces belles cerises dites de Montmorency, apportez tous les soins imaginables à l’entretien de l’arbre qui en résultera, et lorsqu’il donnera des fruits, vous récolterez de petites merises aigres, n’ayant en quelque sorte qu’un noyau recouvert d’une pellicule dure et sèche. Il en est de même pour tous les fruits. Qui dira encore la cause de cela? Cela est, donc cela doit être; il ne nous est pas permis d’aller plus loin. Mais de ce qu’on ne connaît pas la cause du mal, ce n’est pas à dire qu’on ne puisse y remédier, et le remède ici est la greffe, au moyen de laquelle on reproduit les variétés les plus précieuses. La greffe, en effet, consiste à faire rapporter à une plante des fleurs et des fruits absolument différents de ceux qu’elle eût donnés naturellement. Coupez les branches de ce merisier, dont les fruits sont si aigres; fendez-en le tronc; insérez dans les fentes quelques petites branches enlevées au cerisier de Montmorency, et au lieu de merises, il vous donnera des cerises semblables à celles dont le noyau vous aura produit un si grand désappointement; et non-seulement vous lui ferez produire des cerises, mais des prunes, des abricots, des pêches, les uns et les autres, et même tous ensemble si vous opérez savamment.
La greffe embellit les fleurs, améliore les fruits; mais les végétaux sur lesquels on la pratique perdent beaucoup de leur vigueur et de leur force, et ils vivent moins longtemps que ceux qui n’ont pas subi cette opération. Si l’on attend qu’un sujet ait acquis une grande force pour le greffer, il sera lent à produire des fruits; si, au contraire, on le greffe alors qu’il est encore faible, il donnera des fruits promptement; mais il durera moins. La greffe, enfin, est une opération qui augmente l’activité de la vie des plantes en en diminuant la durée. On ne peut pas tout avoir: la beauté et la durée sont nécessairement antipathiques. C’est là, Mesdames, encore une de ces douloureuses vérités qu’il est permis aux parties intéressées d’appeler des paradoxes.
La greffe se pratique de plusieurs manières; les principales sont la greffe en fente, la greffe en écusson, la greffe en couronne, la greffe en approche, la greffe anglaise et la greffe herbacée.
Greffe en fente.—C’est la plus facile, et, par conséquent, la plus usitée. Il faut d’abord choisir un sujet sain et vigoureux. On entend par sujet l’arbre que l’on veut greffer; la greffe est une branche que l’on prend sur l’arbre dont on veut donner les propriétés au sujet. Supposons qu’il s’agisse de métamorphoser un églantier ou rosier sauvage en rosier à cent feuilles. Après avoir coupé les branches de l’églantier, vous pratiquez à la partie supérieure de sa tige une fente longitudinale dans laquelle vous insérez une branche de l’année précédente, prise sur le rosier à cent feuilles, et taillée en biseau à son extrémité inférieure. La greffe doit être plus petite que le sujet; à la rigueur, elle pourrait être de la même grosseur; mais si elle était plus grosse, elle ne réussirait pas. Cette branche ou greffe doit être coupée à son extrémité supérieure de manière qu’elle ne porte que deux ou trois yeux. Il n’est pas nécessaire que son insertion soit bien profonde; mais il faut absolument que les parties de l’écorce du sujet soient en contact parfait avec les parties de l’écorce de la greffe, c’est par l’écorce que se fait et que se consolide la reprise.
On peut placer plusieurs greffes sur le même sujet lorsqu’il est assez fort. On peut aussi ne greffer qu’une partie du sujet: ainsi on peut greffer des roses blanches sur un rosier rose de manière qu’il nous donne simultanément ces deux variétés, et ces modifications peuvent s’étendre à l’infini sous une main bien exercée.
Lorsque la greffe est placée dans la fente du sujet, on pratique une ligature avec de la laine, à la hauteur de la fente, et on entoure le tout d’un mastic ainsi composé: