«Toujours nous avons fait bon ménage.

«Voyez les jolis enfants qu’elle m’a donnés! Leur troupe couvre le coteau, et puis là-bas, dans la plaine, voilà mes petits-enfants.

«Elle, la mère, n’a pas quitté le seuil du logis; regardez-la toute charnue et vigoureuse; elle a de longs cheveux flottants, elle se tient droite encore; elle m’entoure de ses deux bras, lorsque j’entre dans ma chaumière; elle me regarde d’un air doux, quand, au soleil couchant, je vide à son ombre la coupe du soir.

«Chantons la vigne, la femme du vigneron.

«Elle est bonne nourricière; un lait rouge coule de son sein; il fortifie le faible et fait naître les bonnes pensées au cœur du fort. Malheur à celui qui, après avoir goûté le lait de la vigne, n’aime pas mille fois davantage sa maîtresse, ses amis, sa patrie!

«Le vin n’a jamais fait de lâches ni de traîtres; le vin attire le cœur sur les lèvres. C’est la vigne qui nous donne le vin!

«Aussi, quand au printemps elle livre à la brise le parfum pénétrant de sa petite fleur verte, tout le monde est heureux, tout le monde se sent renaître, et l’on attend l’automne pour célébrer le mari et la femme, la vigne et le vigneron.»