LE
CHAPITRE DES BOUQUETS

On écrirait des volumes sur le rôle que jouent les bouquets dans la société, et nous n’avons qu’un chapitre à leur consacrer.

Le bouquet prend toutes les formes, tous les caractères, toutes les physionomies; il est mince, il est fluet, il est gros, il est massif; il est moral, il est dangereux, il est filial, il est galant, il est conjugal, il est adultère; il a l’air sincère, menteur, naïf, évaporé. On peut dire d’une femme qui arbore certaines fleurs, qui les porte d’une certaine façon, qu’elle a jeté son bouquet par-dessus les moulins.

Nous ne dirons que quelques mots du bouquet patronal.

Le bouquet-Marie, le bouquet-Louise, ont leur grâce; mais le bouquet-Scholastique, le bouquet-Marceline, qu’en pensez-vous? Et le bouquet-Chrysostome, le bouquet-Pancrace, le bouquet-Jean. Quels atroces bouquets!

Il y a d’ignobles, de ténébreux bouquets qui s’introduisent chez vous pour capter votre héritage, ou votre protection; des bouquets qui s’adressent à votre bourse. Méfiez-vous de ces bouquets!

Il y a aussi le bouquet pique-assiette, le bouquet qui veut avoir son couvert mis à votre table, le pauvre diable de bouquet qui vous dit: Invitez-moi.

N’oublions pas le bouquet collectif, le bouquet des dames de la halle: il s’adresse à la fortune, à la gloire, à la naissance, à tout ce qui brille; c’est le bouquet de la louange banale. On ne le reçoit pas avec moins de plaisir pour cela.