Le bouquet domestique, celui du portier, de la bonne, du fermier, du garçon de bureau, espèce de pauvre honteux qu’il ne faut jamais repousser.

Le bouquet politique. On doit le recevoir avec recueillement, et lui adresser une harangue; c’est le plus ennuyeux de tous.

Il faut bien mentionner aussi le bouquet qu’on dépose sur les genoux de l’aïeule octogénaire;

Le bouquet que, tout enfant, on donne à sa mère en lui sautant au cou;

Le bouquet qu’au sortir de la maladie d’une sœur chérie vous allez porter à l’église en famille pour en orner l’autel de la Vierge;

Le bouquet qu’on ramasse dans un bal et qu’on garde précieusement: il y a encore des gens qui ramassent les bouquets, quoique le nombre en diminue tous les jours.

Le bouquet que l’on jette à une danseuse, le bouquet que l’on donne à sa fiancée;

Et enfin le bouquet qui pare un cercueil virginal.

Le bouquet est plus souvent un mensonge qu’une vérité, une peine qu’un plaisir. On peut le classer au nombre des petites misères de la vie humaine.

Ne vous est-il jamais arrivé, par un soir d’été ou d’hiver, de vous présenter chez des gens que vous avez tout intérêt à ménager, auprès desquels vous tenez à vous montrer poli, empressé, prévenant? Vous avez fait votre plus belle toilette, vous rêvez un aimable accueil; vous sonnez, vous demandez si madame est chez elle. Le oui fortuné est prononcé; vous entrez radieux. Pour comble de bonheur, la maîtresse de maison est seule: quelle occasion favorable pour lui glisser quelques mots de la place en question. Il va sans dire que le mari est député. La cheminée du salon est encombrée de bouquets de toutes les couleurs, de toutes les dimensions. Un frisson parcourt tout votre corps, vous pâlissez. Votre protectrice, la fée sur laquelle vous comptez, qui a vu votre embarras, se hâte de vous demander si les parfums vous font mal: C’est le jour de ma fête, ajoute-t-elle, mes amis m’ont vraiment comblée.