Les parfums sont bien déchus de leur ancienne importance depuis la mort des trente-deux mille divinités ou sous-divinités du monde païen.
Les parfums ont perdu leur caractère religieux. Les temples, les autels ne fument plus; c’est à peine si on brûle quelques grains d’encens dans les églises.
La chambre nuptiale et la salle des festins ne sont plus parfumées; les fontaines d’eau odorante ne coulent plus dans les fêtes publiques.
L’extrême civilisation et la barbarie, le paganisme et le moyen âge se touchaient par un point: l’amour des parfums.
Le fashionable grec ou romain se serait cru déshonoré s’il se fût montré dans le monde sans que ses cheveux, sa barbe, ses vêtements fussent parfumés; le baron féodal aurait trahi les lois de l’hospitalité si l’hôte, en se mettant à table ou en entrant dans son lit, n’eût respiré l’odeur fortifiante de quelque parfum.
Il est vrai qu’à cette époque, où la chimie avait fait peu de progrès, une jonchée de roses, ou l’odorante ramée du bois voisin, suffisait aux besoins de l’odorat, et formait tout l’art de la parfumerie.
Notre siècle n’a point hérité de ce goût. Le parfum n’existe qu’à l’état de tolérance; on s’en sert, mais on ne l’avoue pas.
Par quel enchaînement bizarre de faits et d’idées est-on venu à cette hypocrisie du parfum?