Cette étude nous entraînerait trop loin; d’ailleurs, elle n’est pas de notre sujet. Bornons-nous à constater un fait accompli.

Aujourd’hui, un homme n’ose pas avouer qu’il met de la pommade à ses cheveux. Voilà un monsieur qui met de la pommade; cette phrase est caractéristique. Si on la prononce sur votre compte, vous êtes classé, étiqueté, jugé.

Il suffit d’humecter son mouchoir de quelques gouttes d’eau de senteur, pour se donner le vernis de petit-maître et d’homme efféminé. On tolère, par exemple, l’usage du savon parfumé pour se laver les mains et se faire la barbe.

Voilà pour les hommes.

Autrefois une femme portait sur elle des parfums sans croire commettre une faute. On sentait la rose, le jasmin ou la vanille, selon la mode; tout le dix-huitième siècle s’est poudré sans vergogne à l’iris. Dire à une femme qu’elle porte des odeurs, avoir l’air de s’en apercevoir, c’est se perdre sans retour auprès d’elle.

Mais cependant, me direz-vous, les flacons, les cassolettes parlent d’elles-mêmes.—Laissez-les parler, mais faites semblant de ne pas les entendre. Ma jeunesse, ma beauté, ma fraîcheur, voilà mes parfums, pensent les femmes; qu’avez-vous besoin, malotru que vous êtes, de vous apercevoir que je sens la violette ou la bergamote?

La femme, malgré tout cela, ne peut se passer de parfums; il lui en faut, elle les aime. Aussi jamais l’art du parfumeur n’a été plus florissant; mais toute son habileté consiste à dissimuler, à voiler, à déguiser le parfum. Aujourd’hui le parfumeur ne distille plus que des paradoxes.

Vous connaissez l’histoire de la culotte du ci-devant jeune homme? On peut l’appliquer à la parfumerie. Faites-moi des parfums, mais s’ils sentent quelque chose, je n’en veux pas.

La tradition des parfums s’est maintenue pourtant chez quelques honnêtes familles de la province et du Marais. On a des recettes pour fabriquer la marmelade aux abricots et l’essence de rose, les cerises à l’eau-de-vie et la pommade au jasmin. C’est de la parfumerie de ménage.

Les mères croient encore à la pommade. Elles n’ont point renoncé au charme de pommader la chevelure de leurs enfants. C’est un soin qu’à l’exemple du Jasmin devenu femme, elles prennent toujours avec plaisir.