Le sachet persiste aussi, malgré la défaveur générale qui s’attache aux parfums. Il est éternel comme les pantoufles, les bretelles brodées et le bonnet grec. Méfiez-vous du sachet!

La parfumerie moderne a poussé si loin le paradoxe, qu’elle est parvenue à proscrire le parfum des fleurs. Le règne minéral, le règne animal, sont mis à contribution pour satisfaire les caprices des femmes à la mode; mais on dédaigne le règne végétal. Il faut arriver en droite ligne des colonies ou de Carpentras, pour ne pas tomber en des spasmes terribles rien qu’en respirant l’odeur de l’œillet ou de la tubéreuse.

Aussi, le moment est venu de nous écrier: Les parfums s’en vont!

Ce départ a coïncidé avec l’invention des nerfs. En créant la névralgie, la médecine a porté le dernier coup au parfum. On ne l’accepte plus que comme moyen de suicide: au lieu d’allumer un réchaud de charbon, on se contentera de déposer un bouquet de roses sur sa cheminée. Il y a des romanciers qui ont fait mourir leur héroïne en l’enfermant dans une serre. Je connais un bas-bleu qui garde précieusement chez elle un petit flacon d’essence de rose; quand la coupe du désenchantement sera pleine, elle respirera le flacon et tout sera dit.

Les parfums sont morts, vivent les sels!

Mais non, nous ne pousserons pas ce cri antinational. Le sel est un produit de l’invasion étrangère, le sel est anglais. Jamais en France le sel ne régnera!

Le sel est frère du gingembre, du poivre rouge et du vin de Porto.—Il convient à des narines dépravées, à des nez spleenétiques; il est fils des climats sombres et brumeux. Le sel fait éternuer: c’est un tabac minéralogique.

Les Françaises reviendront aux parfums des fleurs. L’abus des nerfs commence à se faire sentir; on éprouve assez généralement le besoin d’en venir aux vapeurs. Sous l’ancien régime, les parfums les dissipaient.

Et remarquez bien que ces nerfs si délicats, ces nerfs si susceptibles, consentent à ce qu’on brûle devant eux des petits bâtons jaunes d’une composition douteuse, d’un arome suspect, qui donneraient la migraine à un charbonnier. Il est vrai que ces petits bâtons arrivent de Chine et sont fabriqués à Pantin.

Bientôt, il faut l’espérer, nous reverrons ces temps heureux où les poètes parlaient de la démarche embaumée des femmes, et de leur présence qui se trahissait par des parfums. Que de choses nous aurions à ajouter à ce que disaient les poètes! Le choix du parfum n’était-il pas une occasion de plus de montrer son esprit? Il y avait le parfum du matin, le parfum du jour, le parfum du soir, le parfum de l’intimité et le parfum du monde; le parfum du boudoir et celui de la rue; le parfum heureux, le parfum mélancolique, le parfum du rendez-vous, couleur de muraille; enfin, le parfum de tous les sentiments, de toutes les situations, même le parfum de la constance, toujours le même parfum.