N’oublions pas de citer le sylphion. Au mois de la floraison, cette plante laissait couler de sa tige une résine précieuse qui, séchée et réduite en poudre, guérissait tous les maux, même la colique et le mal de dents; c’est Pline qui l’assure. Cyrène était la ville où l’on cultivait le remède universel. César, en s’emparant de Cyrène, abandonna le trésor public à ses lieutenants, et se réserva la provision de sylphion conservée dans le susdit trésor à l’égal des matières les plus précieuses.

Rappelons aux gastronomes le borahmez, cette fleur entièrement semblable à un agneau. Recouverte d’une blanche toison, elle reposait sur quatre tiges; ses feuilles laineuses figuraient les oreilles et la queue. A la moindre incision, une liqueur rouge comme du sang s’échappait de la plante; on voyait sa pulpe rose et sanguinolente comme la chair. Si on la mettait au feu, elle répandait tout de suite dans les airs un délicieux parfum de gigot rôti. Au moins, dans le pays où croissait le borahmez, les voyageurs n’avaient pas besoin de faire des provisions de route. L’histoire ne nous dit pas le nom de cette bienheureuse contrée où l’on pouvait ainsi cultiver des côtelettes sur la plante; ce doit être le pays de Cocagne, déjà connu de l’antiquité.

Les anciens possédaient aussi la fleur qui rend les amours éternelles.

La fleur qui donne la gaieté: les modernes s’imaginent l’avoir remplacée par le hachisch.

La fleur qui chante existait encore pendant le moyen âge. Albert le Grand affirme l’avoir entendue. Pendant les nuits sereines de l’été, au milieu du silence de la nature, on entendait tout à coup vibrer une voix pure et harmonieuse dont les notes montaient vers le ciel. C’était la mandragore qui chantait sa nocturne mélodie. Ceux qui l’écoutaient se sentaient saisis d’une émotion inexprimable; leur cœur battait avec une douce violence, des larmes de tendresse mouillaient leurs yeux. Quelquefois le rossignol essayait de lutter avec la mandragore; mais bientôt le charme agissait sur lui, ses roulades devenaient peu à peu plus lentes, sa voix plus faible, puis il se taisait pour écouter sa rivale victorieuse. La voix de la mandragore portait bonheur à ceux dont elle frappait une fois les oreilles; toute leur vie ils l’entendaient retentir au fond de leur cœur: c’était la Poésie qui leur avait parlé.

Hélas! les nuits d’été sont toujours sereines, les rossignols lancent encore dans les airs leurs mélodieuses fusées; mais la mandragore ne chante plus!

GUZLA