La tige, emblème de la marche qu’il suit.

La feuille, emblème du genre de travail auquel se livre le caractère de la classe à laquelle il appartient.

Le calice, emblème de la forme et des influences qui agissent sur le caractère.

Les pétales, emblèmes de l’espèce de plaisir attaché à l’exercice du caractère.

Les pistils et étamines, emblèmes du produit que doit donner ce plaisir.

La graine, emblème du trésor amassé; le parfum, emblème du charme particulier qui découle du caractère.

Ainsi, pour nous résumer, nous disons: Racine-caractère;—tige-direction;—feuille-travail;—pétale-plaisir;—calices-influences extérieures;—pistils-produit;—graine-trésor;—parfum-charme.

Que d’erreurs vous auriez pu éviter si vous étiez venu me consulter avant de commencer cet ouvrage! mais vous avez préféré me tourner en ridicule. Armé du flambeau de l’analogie, toutes les ténèbres se seraient dissipées; plus de secrets pour vous, plus d’obscurités dans le grand livre de la nature. N’êtes-vous pas honteux de vous être trompé si grossièrement dans la signification des fleurs les plus vulgaires, la rose, l’œillet, le lis? Je me vois forcé entre mille autres de choisir la balsamine pour l’ajouter à cette liste. Ses feuilles finement dentées et symétriquement découpées sont un emblème de travail. Une touffe de feuilles surmonte les fleurs, comme le travail doit excéder la dépense. C’est ainsi qu’on brille sans s’appauvrir, de même que la balsamine, qui donne des fleurs nombreuses, brillantes, et qui se renouvellent en abondance. Les gens doués de cette prudence sont ambitieux et égoïstes. La balsamine par analogie refuse tout à l’homme. On ne peut saisir ses feuilles isolément par défaut de queue, collectivement par embarras de feuillage. On ne peut l’employer comme ornement. C’est une plante qui ne vit que pour elle, ainsi que le riche égoïste. Ce dernier sait se rendre nécessaire comme la balsamine, sans se faire aimer. Il s’installe dans toutes les avenues de la grandeur; la balsamine prend place dans les lieux les plus fréquentés du parterre, et, privée de parfum, elle y joue le premier rôle sans charme pour personne. Elle vient tard en automne, par allusion à ces thésauriseurs qui quittent tard les affaires, et dont la fortune passe à des héritiers dissipateurs; de même la graine de la balsamine s’échappe des mains lorsqu’on la cueille sans précaution. Et cette fleur, qui est le portrait frappant de l’égoïsme, vous l’avez donnée comme l’emblème de l’impatience. O insouciance!

A propos d’insouciance, n’est-ce pas l’hortensia qui en est l’image dans votre langage des Fleurs? Mais vous n’avez donc jamais regardé un hortensia? Vous auriez vu que cette plante étale plus de fleurs que de feuilles, qu’elle sacrifie tout à la parure. Ses lourds massifs de fleurs fatiguent l’œil, comme l’excès du luxe dans le costume. Le peu de feuilles qu’il possède, l’hortensia les cache sous un amas de fleurs inodores à demi nuancées: ainsi les coquettes font disparaître leurs bonnes qualités sous une foule de sentiments faux. L’hortensia comme la balsamine, ne peut se cueillir. La coquetterie n’est-elle pas aussi un égoïsme particulier?... Coupé, l’hortensia se flétrit, il est trop gros pour former des bouquets; il n’est à sa place qu’au milieu d’un salon, dans un riche vase, comme la coquette qui ne se plaît que dans le monde. Il est sans parfum, parce que la coquette éblouit les yeux sans charmer le cœur. C’est le luxe qui ruine la coquette, c’est l’astre d’or, le soleil, qui tue l’hortensia. Appauvrie par de folles dépenses, la coquette, au déclin de l’âge, perd son prestige; l’hortensia, après avoir brillé, perd sa couleur. Enfin, en avançant en âge, la coquette devient prude; dans l’arrière-saison, l’hortensia revêt la couleur brune et se parchemine, se ride, se sèche sur la plante; il prend un aspect rogue et désagréable. Où trouver une analogie plus frappante, plus soutenue de la coquetterie? Faites-moi le plaisir de m’apprendre ce qu’elle a de commun avec une belle-de-jour. En fait d’hortensia, vous en êtes resté à l’Empire, qui en avait fait un emblème ridicule; et je suis sûr que vous êtes de force, rien que sur son nom, à trouver un symbole napoléonien quelconque dans la couronne impériale, qui offre tout simplement l’analogie du savant méconnu.