Quelquefois, la Giroflée amenait des amis au pauvre prisonnier: tantôt c’était un papillon qui venait voltiger autour de ses barreaux, après avoir rendu visite à la fleur; une abeille qui faisait entendre à son oreille son doux bourdonnement; un petit oiseau des champs qui, fatigué de son vol, s’arrêtait pour se reposer sur les branches de la Giroflée.
Quand l’hiver arrivait, le prisonnier n’avait plus d’amie. Quelquefois il voyait passer les hirondelles devant sa prison: «Hélas! disait-il alors, les hirondelles sont de retour, et la Giroflée ne revient pas! Elle m’a oublié, comme tous les autres!» Mais, aux premiers rayons du soleil de mai, un beau matin, en se réveillant, la Giroflée le saluait du haut de la meurtrière; et bientôt revenaient avec elle les amis du prisonnier: le papillon, l’abeille et le petit oiseau des champs.
Il y avait dans la vallée un homme qui passait toute la journée dans les champs, une grande boîte de fer-blanc passée en bandoulière; il la rapportait le soir au logis pleine d’herbes, de fleurs, de plantes de toutes sortes.
Il croyait aimer les fleurs, parce qu’il était botaniste;
Parce qu’il les étiquetait, les rangeait, les classait par taille, par sexe, par famille, par catégorie; parce qu’il leur donnait des noms latins, l’infâme!
Un jour qu’il était fatigué de ses courses, notre homme s’arrêta au pied du vieux donjon où se trouvait le prisonnier. Comme il portait son mouchoir à son front pour essuyer la sueur qui en découlait, il leva la tête et avisa la Giroflée.
—Oh! oh! s’écria-t-il, voilà une giroflée qui fera bien mon affaire; mon voisin et antagoniste Nicolas n’en a pas d’aussi belle dans sa collection; tâchons de nous emparer de celle-ci. Mais comment faire?
Le donjon était fort élevé, impossible de l’escalader. Notre homme jeta les yeux autour de lui. Il vit que la tourelle touchait à une espèce de rempart à demi ruiné; que du haut de ce rempart, on était à peine séparé de quelques pieds de la plate-forme. Il commença son ascension. Quoiqu’on fût au plus fort de la chaleur du jour, l’idée de jouer un bon tour à son voisin Nicolas lui donna du courage.