III

Le prisonnier contemplait sa Giroflée dans une de ces extases muettes qu’on n’éprouve qu’auprès de la femme qu’on aime. Tout à coup, il vit une ombre se dessiner sur le mur, et un homme apparaître sur la plate-forme. Il marchait résolûment vers la giroflée. A la boîte dont il était armé, le prisonnier reconnut un botaniste.

Quand il fut près de la plante, il se mit en devoir de l’arracher.

—Arrête! malheureux, lui cria le prisonnier; si tu as un cœur sensible, si les malheurs de tes semblables peuvent te toucher, respecte cette fleur; c’est elle qui me soutient, qui me console, qui m’empêche de mourir.

—Voilà un pauvre fou qu’on a bien fait d’enfermer, murmura le botaniste, et il reprit son œuvre.

—Infâme! continua le prisonnier, Dieu te punira!

Le botaniste s’était mis debout sur la plate-forme, les racines de la giroflée étaient fixées en dehors du mur. Elles tenaient ferme. A un violent effort de notre homme, la plante céda cependant, mais elle ne vint pas seule: elle entraîna le botaniste dans sa chute.

Ce que c’est que d’oublier les lois de l’équilibre, quand on herborise sur les vieux donjons!

La Providence avait vengé le prisonnier...

Bien plus cruellement encore qu’on pourrait se l’imaginer, car le botaniste n’était pas tué sur le coup.