De joie de se trouver réunies après tant de vicissitudes, les premières Fleurs de retour se décident à donner un bal avant de reprendre leur forme primitive. La Fée aux Fleurs avait fait construire une salle de bal magnifique; mais nous nous dispenserons d’en donner la description, attendu que les Fleurs n’y entrèrent pas. Elles préférèrent danser en plein air.
Il est vrai que le plein air au pays des Fées ne ressemble nullement à celui de nos climats. Le ciel est si rapproché de la terre qu’il ressemble à un plafond parsemé d’étoiles; le vent est caressant et léger: on dirait une gaze invisible. Les Fleurs d’ailleurs craignaient, en se retrouvant dans un salon, d’être obligées de se rappeler la terre.
Des milliers de Lucioles, girandoles vivantes, traînaient partout comme une mouvante illumination. Rien n’était joli comme de voir ces insectes gracieux décrire sur la tête des danseuses leurs courbes lumineuses.
Enfin, l’orchestre commença; il était entièrement composé de Rossignols, membres du Conservatoire de la Fée de la musique. L’Oiseau bleu le dirigeait en marquant la mesure avec un bâton d’or incrusté de diamants.
Les musiciens jouèrent d’abord une contredanse, puis une polka, puis une valse, ainsi que cela se pratique maintenant dans les salons du grand monde.
Au bout de deux contredanses, les Fleurs se sentirent fatiguées. Comment avons-nous pu voir un plaisir dans la danse? se disaient-elles avec étonnement. La Belle-de-Nuit elle-même ne comprenait pas la passion qu’elle avait eue pour les bals masqués.
—Tous ces pas, disait le Lis, ne valent pas le doux balancement que m’imprime le Zéphire.
—Elle a raison, répétèrent toutes ses compagnes, plus de danse; allons supplier la Fée de mettre fin à notre métamorphose, et de nous rendre au doux balancement du Zéphire.
La Reine-Marguerite présidait en ce moment un immense galop; il fallut le rompre et se joindre aux autres Fleurs qui s’avançaient vers la Fée.
En reconnaissant leur ancien asile, le premier sentiment qu’elles éprouvèrent fut un sentiment de joie auquel succéda bientôt la crainte. Quel accueil allait leur faire la Fée?