Elles étaient parties malgré elle, sans vouloir écouter ses sages avertissements. Maintenant, les trouverait-elle assez punies? consentirait-elle à les recevoir?
Aucune d’elles n’osait s’avancer pour sonner et se faire ouvrir la grille du jardin.
Tout à coup la porte s’ouvrit comme d’elle-même à deux battants, et l’on vit paraître la Fée. Les Fleurs tombèrent à ses genoux en versant des larmes, mais elle les releva avec bonté.
—Entrez, leur dit-elle, pauvres enfants; venez reprendre auprès de moi la place que vous n’auriez jamais dû quitter.
L’Oiseau bleu était perché sur l’épaule de la Fée.
—Va, reprit-elle, gentil messager, retourne sur la terre, et guide vers moi les pauvres égarées qui ne savent plus retrouver le chemin de la patrie.
L’Oiseau bleu agita ses ailes de turquoise et prit son essor.
Pendant toute la journée, la grille du jardin s’ouvrit et se referma plus de vingt fois. Les Fleurs rentraient par bandes nombreuses. Le soir, deux ou trois retardataires seulement manquaient à l’appel.
Le Bleuet et le Coquelicot se présentèrent ensemble, suivis du Liseron, qui avait beaucoup de peine à marcher. L’Aubépine guidait la marche de la Belle-de-Nuit, dont les yeux faibles ne pouvaient supporter la clarté du jour. Le Lis, la Rose, la Capucine, le Jasmin, le Chèvrefeuille, l’Œillet, l’Oranger, la Pervenche, l’Aubépine, le Grenadier, la Violette, la Pensée, la Tulipe, la Guimauve, l’Églantine, le Myrte, le Laurier, le Narcisse, l’Anémone, toutes les fleurs dont nous avons raconté l’histoire avaient éprouvé le besoin de cesser d’être femmes; elles étaient venues en même temps solliciter le pardon de leur souveraine.
Pas une qui ne revît avec délices les lieux où elle était née; pas une qui ne se rappelât, avec une terreur mêlée de honte, les heures qu’elle avait passées sur la terre.