Bleuette et Coquelicot, les deux bergères, songeaient à la trahison dont elles avaient été victimes de la part des deux bergers si langoureux, mais si infidèles.

La Pensée maudissait les hommes qui, à l’envi les uns des autres, semblaient se faire un plaisir de la repousser. L’Aubépine frissonnait en pensant au Sécateur. La Tulipe se demandait comment elle avait pu s’habituer aux ennuis du sérail.

L’Églantine tremblait intérieurement qu’en punition de son escapade, la Fée ne la forçât à lire les livres qu’elle avait composés du temps qu’elle figurait parmi les bas-bleus.

La Capucine, libre en plein air, plaignait du fond de l’âme les pauvres jeunes filles qu’on condamne à vivre dans un couvent. Ainsi de suite des autres Fleurs.

La Fée, cependant, ne songeait pas à se venger, ainsi que l’Églantine et quelques autres Fleurs paraissaient le craindre, surtout en voyant qu’elle ne se hâtait pas trop de leur faire quitter leur costume terrestre. La Fée avait son projet. Nous le révélerons tout à l’heure.

Lorsque la fraîcheur commença à descendre du ciel avec l’ombre, la Fée réunit toutes les Fleurs dans son palais.

—Mes filles, leur dit-elle, je pourrais vous faire de la morale, mais je m’en dispense. Je lis au fond de votre cœur et je vois qu’il vous adresse lui-même une semonce que toutes les miennes ne vaudraient peut-être pas. Vous vous contenterez désormais d’être Fleurs, j’en suis certaine; si cependant quelqu’une d’entre vous voulait devenir femme tout à fait, elle n’a qu’à le dire. Je donne ma parole de Fée que son souhait sera exaucé à l’instant.

Un silence universel accueillit cette proposition.

—Maintenant, reprit la Fée, allez vous reposer. Demain commenceront les fêtes par lesquelles je veux célébrer votre retour. C’est pour cela que je vous ai laissé conserver vos vêtements humains. Tous les Sylphes du voisinage y seront invités.

Les Fleurs crièrent: Vive la Fée! et défilèrent devant elle. Il y eut un baisemain général.