Arrêtez-vous ici,—charmantes lectrices,—n’allez pas plus loin,—posez le livre,—on vous trompe.—M. Grandville, avec ses ingénieux et gracieux caprices; M. Delord, avec ses pages spirituelles, sont tout simplement deux traîtres: à travers des sentiers fleuris et parfumés, ils vous conduisent dans un piége; ils veulent vous livrer aux savants,—et à quels savants! aux botanistes,—à ces hommes qui sont vos ennemis, comme ils sont ceux des fleurs.
Pauvres fleurs!—voyez le sort qu’ils leur font subir: ils arrachent la pervenche aux bords des haies,—les wergiss-mein-nicht aux rives des fleuves,—le réséda au pied des vieux murs;—puis, comme nous l’avons dit dans notre monologue, ils les assassinent, les aplatissent, les écrasent, les dessèchent, leur ôtent leur parfum et leur couleur;—puis, sur ces tombes qu’ils appellent des herbiers, ils gravent de ridicules et prétentieuses épitaphes;—ils les rendent laides d’abord, et enfin ennuyeuses.
Prenez garde!—ils veulent vous rendre savantes.—Défiez-vous d’eux comme des hommes qui veulent vous faire fumer des cigarettes.—Au nom du ciel,—au nom de votre beauté, au nom de notre amour, restez femmes,—n’espérez pas devenir rien de mieux.
Vous devez savoir quelque gré à l’éditeur des Fleurs animées de ce qu’il a fait dans votre intérêt.
Il n’a pas osé ne pas mettre un petit traité de botanique dans son ouvrage; mais il a voulu écrire devant: Ici est un piége; ici est l’ennui.
A qui a-t-il demandé une introduction?—Certes, il n’avait pas besoin de moi.—M. Delord lui a fait un livre spirituel, et dix autres mieux que moi lui auraient écrit son introduction; dix autres qui demeurent à Paris comme lui,—qui sont ses voisins,—qu’il rencontre tous les jours.
Eh bien! il est allé me chercher aux bords de la mer, loin de Paris,—au lieu de dire à M. Delord: Monsieur Delord, finissez le livre, tout le monde y trouvera son compte.
Au lieu de dire à un botaniste: Monsieur le botaniste, faites-moi ici un éloge de votre science.
Il s’est adressé à moi,—parce qu’il sait que moi, qui suis jardinier,—que moi, qui aime toutes les fleurs, et que les fleurs aiment un peu, j’ai écrit bien des pages contre des gens qui ont dit que la rose à cent feuilles est un monstre.