Il n’osait pas ne pas joindre à son ouvrage un traité de botanique, mais il a placé à la porte une sentinelle vigilante pour vous crier: Au large! si vous tentez de franchir le seuil de ce petit temple élevé à l’ennui.

En France, on aime le plaisir, mais on respecte, on vénère l’ennui;—on lui élève des temples et on lui fait des sacrifices,—comme les anciens sans doute en faisaient aux Euménides, à la fièvre, à la peste et à la guerre; les places, les honneurs, les dignités, sont pour les auteurs des gros livres ennuyeux.—On enferme les livres d’abord dans de magnifiques reliures,—puis dans une bibliothèque.

On gorge les auteurs de tout ce qu’ils peuvent désirer,—on tâche de les apaiser; puis alors on lit les charmants poètes,—et les historiens de cœur.

Peut-être aussi vous trompe-t-on—et me trompe-t-on en même temps.

Peut-être suis-je aussi,—mais sans le savoir,—un des complices des embûches qui vous sont tendues ici.

Peut-être, après avoir cherché les moyens de vous faire lire la botanique,—après vous y avoir fait amener tout doucement par les deux traîtres que je vous ai dénoncés; après avoir confié la machine infernale à un ouvrier adroit et spirituel, qui en a habilement déguisé la forme, a-t-on encore eu peur que vous ne lisiez pas le traité de botanique,—et a-t-on pensé que le seul attrait sérieux qu’on pût lui donner était d’en faire quelque chose de défendu.

Et c’est alors qu’on est venu me chercher.

Pour moi, si je suis complice de cette trahison, c’est, je le répète, à mon insu,—et je vous dis encore: Arrêtez-vous.—N’allez pas plus loin par le livre, on vous trompe!