Alphonse KARR.

PREMIÈRE PARTIE

PHYSIOLOGIE

Les savants sont des tyrans impitoyables. Voyez ce qu’ils ont fait de la botanique, cette charmante et gracieuse science! Ils avaient à dire l’histoire des arbres, des plantes, des fleurs! Leur mission principale paraissait être de faire répéter cette histoire par de jolies et fraîches lèvres, sur lesquelles il semble qu’on ne doive mettre que des perles et des feuilles de rose. Eh bien! sans pitié ni merci, ils se sont brutalement emparés de ces frêles et suaves filles du ciel et de la rosée; ils les ont froissées, mutilées; ils les ont jetées dans le creuset de l’étymologie, et après toutes ces effroyables tortures, et comme pour s’assurer l’impunité, ils ont caché leurs victimes sous un monceau de noms barbares. Ainsi, grâce à eux, l’aubépine, ce symbole d’espérance et de virginité, gémit sous l’affreux nom de mespilus oxyacantha; le chèvrefeuille, ce doux lien d’amour, s’appelle lanicera caprifolium; la giroflée des murailles, charmante consolatrice du pauvre, est à jamais marquée de ce double stygmate cheirantus chieri; puis, ce sont des chrysanthemum leucanthemum (grande marguerite), des lyriodendron tulipifera, vaccinium oxycocus, etc. Nous en passons des plus terribles.

Tout cela est affreux, n’est-ce pas?... Malheureusement tout cela est nécessaire. Admirer n’est pas connaître, et pour connaître, l’ordre et la méthode sont indispensables. Comment, en effet, étudier les vingt mille espèces de plantes connues sans les diviser en groupes, familles, classes, etc.? Comment, au milieu de cette multitude, se passer des secours de l’étymologie? Pardonnons donc aux savants, qui n’ont fait qu’obéir à la nécessité, et entrons dans ce beau domaine dont ils ont dissipé les ténèbres.

Le règne végétal ne tient pas, comme on le croit communément, le milieu entre les règnes minéral et animal; il se rapproche beaucoup plus de ce dernier que de l’autre; les végétaux, comme les animaux, naissent, vivent, s’accroissent, se reproduisent et meurent; quelques plantes même semblent douées de sentiment. On a donné à l’étude de ce règne le nom de botanique.