Semence ou graine.—Le but que s’est proposé la nature dans la création des êtres animés, est la reproduction de l’espèce. C’est pour elle qu’elle a varié à l’infini ces enveloppes protectrices destinées à garantir les fleurs des injures de l’air; c’est pour elle qu’elle mûrit les fruits dont les sucs alimentaires contribuent au développement et à l’accroissement de la semence, qui est à la fois la terminaison et le point de départ du grand œuvre de la végétation.

La graine a des analogies très-marquées avec l’œuf des animaux: c’est d’elle que doit sortir une plante parfaitement semblable à celle qui l’a portée. Le prolongement filiforme qui attache la graine à son enveloppe est destiné à lui transmettre des sucs nourriciers. L’embryon contenu dans la graine est la plante entière en miniature. C’est lui qui, se développant, deviendra un végétal semblable à celui dont il tire son origine.

L’embryon est essentiellement formé de quatre parties: le mésofite ou la tigelle, la radicule, la plumule et les cotylédons.

Le mésofite est la partie de l’embryon qui unit la radicule à la plumule; la radicule s’échappe la première des enveloppes de la semence; c’est le rudiment de la plante; la plumule est la partie de l’embryon qui représente la tige; les cotylédons forment la partie la plus considérable de l’embryon, ce sont des lobes ou corps charnus; leur nombre varie selon les plantes; quelquefois ils manquent tout à fait. C’est sur leur présence, leur absence et leur nombre que l’on a établi les trois grandes tribus du règne végétal:

Les plantes acotylédones, qui n’ont point de cotylédons;

Les monocotylédones, qui n’ont qu’un seul cotylédon;

Les dicotylédones, qui ont plusieurs cotylédons.

Germination.—Ainsi, dans toute graine réside le principe de la vie, du développement, de la grâce ou de la majesté. Mais ce principe dort, et son sommeil peut être éternel, si une main amie ne lui vient en aide. Il est vrai que la plupart des embryons enfermés dans ces œufs végétaux peuvent attendre sans péril la circonstance favorable qui leur permettra d’en briser la coquille. Quelques graines, en effet, conservent pendant fort longtemps la faculté germinative: pour plusieurs, cette faculté existe encore plus d’un siècle après la maturité, et l’on assure que des graines trouvées à Herculanum et à Pompéi, deux mille ans après que ces cités eurent été ensevelies sous le sol, ont germé facilement.

Et puis, à défaut de la main de l’homme, la nature, cette tendre mère, use de toutes sortes d’ingénieux moyens pour assurer la propagation des espèces; c’est ainsi qu’elle a doué certains fruits, tels que ceux de la balsamine, du sablier, d’un mouvement élastique qui lance au loin les semences: l’air, les vents, les eaux de la mer, des fleuves, servent aussi à transporter les semences à des distances prodigieuses. Il n’est pas rare que la mer jette sur les côtes de la Norvége divers fruits de l’Amérique qui ont conservé leur propriété germinative, malgré l’espace de temps considérable qu’a nécessité cette longue traversée. Certaines graines sont aussi transportées d’un lieu dans un autre par des oiseaux, et déposées sur un terrain favorable à la germination. Enfin, une foule de circonstances fortuites aident encore à la propagation. C’est ainsi que les habitants de l’île de Guernesey se trouvèrent dotés d’une des plus belles fleurs du Japon: un vaisseau venant de ce dernier pays en France, apportait plusieurs caisses d’oignons d’une très-belle espèce de liliacée, connue depuis sous le nom d’amaryllis de Guernesey. Ce vaisseau fit naufrage sur les côtes de l’île; les caisses se brisèrent contre des rochers, et les oignons furent disséminés sur le sable; ils s’y enracinèrent, s’y naturalisèrent, et devinrent, pour les habitants, un objet de commerce très-lucratif.

Beaucoup de graines périssent cependant; mais c’est là une nécessité, à raison de leur abondance, qui est réellement prodigieuse; ainsi, on en a compté jusqu’à trente-deux mille sur un seul pied de pavot, et l’on a calculé que si toutes ces semences réussissaient, elles couvriraient notre globe tout entier à la cinquième génération.