La terre m’a paru si belle dans sa nouvelle parure, le ciel si bleu, le soleil si radieux, que j’ai senti mes yeux s’humecter de larmes. Sans attendre le lendemain, je suis partie. La terre, en ce moment, m’aurait fait oublier le peuple des Fleurs. Mais aussi, peut-être, quel désenchantement le lendemain!...

J’ai voulu conserver mes illusions. Quand je serai de retour, je demanderai à la Fée de me laisser, chaque année, passer une heure sur la terre, pour me mirer au bord de l’eau, voir le ciel et respirer la brise, une heure rapide et fugitive, l’heure du printemps.

HISTOIRE DE LA FUCHSIE

La Fuchsie remplaça la Pervenche.

Quant à moi, s’écria-t-elle d’une voix claire et argentine, je ne me soucie plus de la terre, et me forcer d’y revenir serait la plus grande punition qu’on pût m’infliger.

Ma vie a été courte, mais bonne, et je ne demande pas à la recommencer. Il ne faut point gâter ses impressions: en cela, je suis de l’avis de la Pervenche.

J’avais choisi Paris comme lieu de résidence, et, dans Paris, j’habitais le quartier Bréda. Je courais les bals, les spectacles, les concerts. J’avais un appartement magnifique, un coupé, deux chevaux et un groom. Je dansais la polka à ravir; je fumais des cigarettes; je montais à cheval; je jouais au lansquenet et je buvais du vin de Champagne. On pouvait dire de moi comme de Fanchon:

Elle aime à rire, elle aime à boire;

Elle aime à chanter comme nous.

Il fallait me voir, dans ce temps-là, comme j’étais jolie, l’hiver surtout, lorsque je paraissais dans un bal avec mon éclatant habit de Folie! Tout le monde me disait que je représentais au naturel l’ancienne déesse qui présidait aux folles distractions; j’avais sa grâce, son esprit, sa figure piquante, sa légèreté. Hélas! tout cela n’a duré qu’un moment! J’aimais trop le vin de Champagne; c’est lui qui m’a donné cette vilaine maladie que les médecins appellent gastrite. La terre m’est devenue insupportable depuis que je souffre de l’estomac; je retourne vivre au milieu des Fleurs, pour me mettre au lait de rosée, au sirop de brise. Le médecin des Fleurs, qui a nom Zéphire, me rendra sans doute la santé.