HISTOIRE DU CACTUS
Ce fut le Cactus qui parla.
Toute mon histoire sur la terre se résume dans ces seuls mots: J’ai eu froid.
Il m’est impossible de vivre dans ces régions où il tombe de la neige, où il gèle, où l’on est sans cesse assailli par la pluie, le vent et les giboulées.
Si j’étais resté sous les tropiques, je n’aurais pas trop le droit de me plaindre; mais j’ai fait la sottise de suivre un botaniste en Europe, et je suis perclus de rhumatismes. On a beau vivre dans une serre, on est toujours victime de quelque traître vent coulis.
Et puis cette chaleur factice me donnait la migraine ou des pesanteurs de tête insupportables. Mon sang, d’un rouge si vif, ne circulait plus; mon front alourdi retombait sur ma poitrine; et il me semblait, dans l’espèce d’hallucination où j’étais, qu’une main invisible m’avait transformé en portière, et que je serrais amoureusement un poêle dans mes bras, ainsi que maintes fois je l’avais vu faire l’hiver dans la loge de notre hôtel.
Comme je regrettais la douce et tiède température des pays où nous sommes nées, nous autres Fleurs! Comme je m’ennuyais sur les cheminées, sur les consoles de marbre où je servais d’ornement! A la fin, j’ai pris une résolution courageuse: secouant ma torpeur, et profitant des chaleurs de l’été qui permettaient de me tenir en plein air, je me suis échappé. A présent, je ne crains plus qu’une chose: c’est d’être obligé de passer la nuit sans abri; la fraîcheur du soir pourrait me saisir. J’espère cependant que nous n’en serons pas réduites à cette extrémité, et que la Fée viendra à notre aide. Maintenant, à qui à parler?
Ce fut au tour de la Pervenche.
HISTOIRE DE LA PERVENCHE
Moi, dit-elle, je me suis éveillée sur la terre par une belle matinée d’avril. Un ruisseau faisait entendre son doux murmure à mes pieds; des oiseaux chantaient sur ma tête; la brise parfumée se jouait dans mes cheveux.