Le paysan haussa les épaules.
—Que je m’échigne pour ces bons gros petits pois qui travaillent toute la journée à me fabriquer sous leur cosse dure et serrée ces petites boules que je vends si bien, à la bonne heure; mais pour ces fainéants de pois de senteur, allons donc!
—Ils sont jolis...
—Mais ils ne produisent rien. Mauvaise herbe croît toujours. Rentrons vite à la maison.
Je compris alors pourquoi on me préférait Margot: sur la terre, l’utile vaut mieux que l’agréable.
Blessée dans mon amour-propre, j’ai quitté le fermier, et je suis venue à la ville. Hélas! je n’y ai pas été plus heureuse ni plus considérée. J’ai vu les grisettes me laisser mourir de soif et de chaleur sur le rebord de leur fenêtre, et me jetant à la fin sur le pavé pour me remplacer par le rosier, qu’un romancier venait de mettre à la mode. Les portiers seuls avaient pour moi quelque sympathie. Au lieu d’en être fière, cette sympathie m’a humiliée. Quittons, quittons cette terre, me suis-je dit; retournons chez la Fée: là, du moins, l’égalité règne entre toutes les Fleurs; elles ne sont pas soumises aux caprices de la mode; elles ignorent les douleurs et les petitesses de l’amour-propre. Et je me suis mise en route, je vous ai rencontrées, mes sœurs, et me voilà prête à écouter celle de vous qui va nous raconter son histoire à son tour.