Le volume des fruits est souvent bien disproportionné avec celui des végétaux qui les produisent: ainsi la courge, plante rampante et herbacée, porte des fruits énormes, et le chêne n’en a que de très-petits. Les physiologistes cherchent vainement la raison de cette anomalie; nous leur conseillons de consulter La Fontaine, fable IV, livre IX.

Et pourtant, nous osons affirmer que La Fontaine avait très-peu étudié les péricarpes; il était certainement moins savant, sur ce point, que M. de Jussieu; mais, d’un autre côté, les fables de M. de Jussieu sont beaucoup moins amusantes que celles de La Fontaine. Évidemment, il n’y a pas compensation.

HABITATION DES VÉGÉTAUX

Les climats divers ne conviennent point indistinctement aux végétaux. Il faut presque à chaque plante un terrain particulier, une atmosphère différente. Les unes ne se plaisent que dans les champs incultes, tandis que d’autres ne peuvent germer que dans des terres cultivées. Plusieurs naissent dans les sables; un certain nombre se plaisent sur les rochers. Il en est qui ne peuvent vivre qu’au fond des marais, d’où elles s’étendent à la surface des eaux. Enfin, la mer a aussi sa végétation, végétation luxuriante, qui ne le cède en puissance à aucun des terrains les plus favorisés.

Il n’est presque aucune portion de la terre où la végétation ne puisse s’établir; mais elle présente des différences immenses entre les contrées équatoriales, les régions tempérées et les régions polaires. C’est entre les tropiques qu’elle se montre dans toute sa puissance et sa majesté; c’est là qu’on trouve le baobab, ce colosse du règne végétal, dont le tronc, ainsi que nous l’avons dit, atteint quelquefois jusqu’à trente mètres de circonférence; c’est là que vit et se multiplie cette admirable famille de palmiers avec lesquels nos plus beaux arbres ne sauraient soutenir la comparaison. Dans ces contrées, les graminées deviennent arborescentes; les fougères s’élèvent jusqu’à huit ou neuf mètres: c’est la patrie des fruits les plus exquis, des parfums les plus suaves. C’est surtout dans les régions équatoriales, comme aux bords du Gange, où la température, constamment humide et chaude, est entretenue par les feux du soleil et le débordement des grands fleuves, que la végétation montre une vigueur prodigieuse.

Mais cette exubérance de vie, qui augmente la puissance des forts, tuerait les faibles. Que l’on transporte sous ce ciel de feu une frêle et légère Parisienne, elle s’étiolera promptement, et rien ne pourra la sauver d’une prompte destruction... C’est toujours cette éternelle comparaison entre les deux règnes, comparaison née de ce que d’une seule, unique et admirable chose sortie de la main de Dieu, notre orgueil a voulu faire trois choses distinctes. Qui donc, en effet, pourrait dire avec précision où finit l’un des trois règnes et où commence l’autre?

L’histoire naturelle est une immense chaîne à laquelle il ne manque pas un anneau, et c’est en vain que les princes de la science y ont cherché une solution de continuité. Il y a sur les confins du règne minéral des individus qui végètent, et sur les confins du règne végétal des individus qui vivent...

L’extrême chaleur sans humidité n’est pas favorable à la végétation. Aussi, quelle différence entre les contrées dont nous venons de parler et les déserts sableux de l’Afrique, desséchés par les ardeurs brûlantes du soleil, où l’homme, en y entrant, semble se dévouer à la mort! Là, de quelque côté qu’on jette les yeux, on n’aperçoit que des images de destruction et de néant.

L’excessive chaleur n’est pourtant pas un obstacle à toute végétation; il est des plantes qui résistent à quatre-vingts et même cent degrés de chaleur (température de l’eau bouillante). Aux eaux thermales de Dax, on a vu croître et se développer une tremella dans une fontaine dont l’eau est constamment chaude de soixante-dix à soixante-douze degrés.

Si la végétation des pays tempérés n’a pas cette beauté, cette magnificence des plantes des tropiques, elle ne leur cède en rien pour la grâce des formes et l’abondance des produits. Le Nord lui-même n’est pas déshérité sous ce rapport; c’est là que les robustes pins et sapins élèvent vers les nues leurs troncs vigoureux. Mais, au-dessus de deux mille mètres d’élévation, on ne les trouve plus; ils sont remplacés par les aliziers, les bouleaux, qui bravent un froid de quarante degrés, froid capable de faire éclater les sapins les plus vigoureux.