Ce dernier phénomène a souvent été remarqué par nos soldats pendant la désastreuse campagne de Russie; alors que ces malheureux s’asseyaient sur la neige pour y prendre quelque repos, il arrivait que de violentes explosions se faisaient entendre autour d’eux: «Encore l’ennemi! se disaient-ils; toujours, toujours sur nos pas! Un ciel de fer sur nos têtes, et devant nous des déserts de glace sans horizon!» Ils reprenaient leurs armes avec désespoir et marchaient vers le lieu d’où l’explosion s’était fait entendre, et ils ne trouvaient rien, rien que des arbres que l’intensité du froid avait fait éclater avec un bruit semblable à celui du canon.
Plus on s’approche des pôles, plus le nombre des végétaux diminue; au Spitzberg, au Groënland, au Kamtschatka, le nombre des espèces ne dépasse pas trente.
De même qu’elle se montre sur les plus hautes montagnes, la végétation pénètre aux plus grandes profondeurs, dans les entrailles de la terre, dans les cavernes, dans les mines les plus profondes; mais à ces deux extrémités, il n’y a que des champignons et des lichens.
On trouve sur une haute montagne, en la parcourant de sa base à son sommet, à peu près tous les changements de végétation que l’on pourrait observer en voyageant de l’équateur au pôle nord. Au pied de la montagne végètent les plantes des plaines et des contrées méridionales de l’Europe. Les chênes occupent le premier plan; cinq ou six cents pieds au-dessus sont les hêtres; plus haut, les ifs, pins et sapins; puis viennent les aliziers, les bouleaux, les rhododendrons; plus haut encore, on trouve les daphnés, les globulaires, les cistes ligneux. Dans la région des glaces se montrent les saxifrages, les primevères; puis enfin les lichens.
La végétation qui n’existe que faiblement dans un lieu peut y devenir abondante et vigoureuse; tout se modifie, tout change: les marais se dessèchent, les rochers que nous voyons nus et arides porteront peut-être quelque jour des arbres majestueux. Dans les marais, la surface des eaux se couvre d’abord d’une écume verdâtre; ce sont des conferves, frêles plantes auxquelles succèdent des carex, des roseaux, des typhas; puis viennent les sphaignes, qui se multiplient d’une manière prodigieuse. A mesure que ces plantes végètent, leur détritus exhausse le fond du marais, qui finit par se dessécher entièrement. Il en est de même des rochers: des lichens crustacés viennent d’abord marbrer leur surface; de leur décomposition naissent des lichens d’un autre ordre sur le détritus desquels paraissent plus tard des graminées; puis, enfin, la terre végétale augmentant sans cesse, les végétaux ligneux se montrent.
Ainsi que nous venons de le voir, il est, dans les végétaux, des familles particulières à certaines contrées; une seule famille, les céréales, peut s’habituer à tous les climats; œuvre admirable de la Providence, qui, en donnant la terre à l’homme, a voulu qu’il pût trouver à chaque pas une preuve de sa paternelle sollicitude!
MALADIES, MORT ET DÉCOMPOSITION DES VÉGÉTAUX
Les maladies des végétaux peuvent être divisées en deux classes: celles qui n’affectent qu’une partie du végétal, comme les ulcères, les excroissances qui résultent presque toujours de blessures, et les maladies générales qui envahissent toute la plante.
Les plaies faites par un instrument tranchant se guérissent plus facilement que celles produites par un instrument contondant. Lorsqu’une portion d’écorce a été enlevée à un arbre, la cicatrisation s’opère par l’extension des bords de l’écorce qui se rapprochent en bourrelets.
Les plaies contuses doivent être enlevées par le fer, afin que les lèvres en soient nettes; sans quoi elles donneraient lieu à des exostoses, des tumeurs, qui deviendraient incurables.