Layamon, au commencement du treizième siècle, inséra pour l'édification de ses compatriotes, dans son grand poème anglais de Brut, les légendes qui faisaient descendre d'Énée la race des souverains bretons. Ces origines fabuleuses n'avaient été exposées jusque-là qu'en latin et en français. Le Brut de Layamon est en grande partie emprunté à Wace, mais le poète indigène ajouta beaucoup à son modèle (Layamon's Brut, éd. Madden, 1847, 3 vol. 8o). Quantité de romans anglais postérieurs se réfèrent à ces origines qui ne sont plus discutées. Ainsi l'auteur de Sir Gawayne débute en rappelant qu'après le siège de Troie, Romulus fonda Rome, «Ticius» peupla le pays Toscan, «Langaberde» la Lombardie, et Brutus s'établit dans la Grande-Bretagne (Sir Gawayne and the Green Knight, éd. Morris, 1864, 8o). Il assure à la fin son lecteur que tous ses récits sont tirés des «Brutus bokees», ce qui était une garantie suffisante d'authenticité. On sait que les chroniqueurs ne furent pas moins crédules sur ce point que les faiseurs de romans; les protestations de Giraud le Cambrien et de Guillaume de Newbury (dans le proœmium de son histoire) furent écartées, et Robert de Gloucester, Pierre de Langtoft, Ranulph Higden («a Bruto eam acquirente dicta est Britannia,» Polychronicon, éd. Babington, t. II, p. 4), l'auteur anonyme de l'Eulogium historiarum et foule d'autres chroniqueurs autorisés accueillirent dans leurs écrits ces vaines légendes.
(22) LES ROMANS DU QUATORZIÈME SIÈCLE RIDICULISÉS PAR CHAUCER (p. [122]).—On trouvera des spécimens de ces romans dans le recueil: The Thornton romances, éd. Halliwell, Camden society, 4o, 1844. Les romans publiés dans ce volume sont: Perceval, Isumbras, Eglamour et Degrevant. Le plus long n'a pas 3000 vers; Isumbras n'en a pas 1000. Le manuscrit, qui est à la cathédrale de Lincoln, contient beaucoup d'autres romans, notamment une Vie d'Alexandre, une Mort d'Arthur, un Octavien, un Dioclétien, sans parler d'une foule de prières en vers, de recettes pour guérir les maux de dents, de prédictions sur le temps, etc.
Après une prière, ces romans débutent ainsi:
I wille yow telle of a knyghte,
That bothe was stalworthe and wyghte,
And worthily undir wede;
His name was hattene syr Ysambrace.
(Isumbras.)
Y shalle telle yow of a knyght
That was bothe hardy and wyght