Un jour la veuve, qui était seule, y lut ces mots tracés : « Mon Dieu, conservez-nous notre mère! » De petites vagues venaient mourir tout près de l'inscription, mais elles ne l'atteignaient pas. Quelquefois un flot semblait la menacer davantage, et il expirait à la dernière limite. Susanne, attendrie, s'arrêta quelques moments pour voir ce qui arriverait ; peu à peu les flots se calmèrent, et la prière subsista encore quelque temps. Ah! le premier moment l'eût-il effacée, elle avait été recueillie dans le ciel. Avant de s'éloigner, la bonne mère ne put s'empêcher d'écrire à son tour : « Mon Dieu, bénissez mes enfants! »
Charles faisait fréquemment des lectures à haute voix. Les choses dont nos amis s'occupaient étaient le plus souvent de celles que le monde laisse tomber dans l'oubli. Ils ne lisaient guère que des livres sérieux, passés de mode, où le bon sens parlait sans prétention, et instruisait avec prudence. Ainsi nous voyons toujours ces pauvres gens s'accommoder de ce que la foule délaisse, et trouver un salutaire plaisir où les autres ne rencontrent qu'un mortel dégoût.
On chantait aussi dans la chaumière, on chantait dans le jardin, sur la grève, sur le lac. Le premier âge ne peut être heureux sans le dire. Il veut surtout au milieu des champs, exprimer sa joie, comme les oiseaux qui l'entourent ; André, Isabelle, Juliette, chantaient. Ils apprenaient de leur mère les hymnes qu'elle avait répétés, jeune enfant, sur les genoux de l'aïeul. C'étaient des souvenirs bibliques, des tableaux de la vie champêtre ; c'était la prière du berger, du soldat, du matelot. Les mélodies, aussi simples que les paroles, convenaient à des voix peu cultivées, mais justes et pures. Quelquefois le voyageur, qui entendait de la route ce touchant concert, sans apercevoir les chanteurs, se demandait si les anges habitaient ce rivage et quels étaient ces accents religieux si différents des refrains vulgaires, consacrés au vice et à la folie? On pourra juger du caractère de ces hymnes par celui que nous allons citer ; les enfants de Susanne le chantaient souvent, parce qu'il leur offrait des tableaux faits pour leur plaire.
NOÉ CULTIVATEUR.
Ils ne sont plus qu'une seule famille.
Pour eux, hélas! que de place au soleil!
On est aux champs sitôt que le jour brille ;
Sous même abri l'on revient au sommeil.
Le blanc vieillard, prévoyant nos colères,
Disait souvent, de l'accent le plus doux :