Je cheminais depuis une demi-heure, livré aux plus agréables pensées ; le passé, le présent, l'avenir, me souriaient à l'envi : j'emportais de bons témoignages de mes maîtres ; j'allais revoir des parents aimés ; je faisais une course charmante. En marchant d'un pas léger, j'atteignis peu à peu une voiture au bas d'une montée, qui décida le conducteur de ce modeste équipage à mettre pied à terre pour ménager son petit cheval.

Et pourtant cet homme était un vieillard, déjà courbé par les années, et la voiture, quoiqu'elle fût d'un volume extraordinaire, n'était pas pour le cheval une charge bien pesante. Elle ne portait que des paniers, des corbeilles, des mannes et d'autres ustensiles, que fabriquent les vanniers.

La clarté du crépuscule me permit de distinguer encore en détail ces marchandises, et je fus d'abord surpris de l'élégance du travail ; ces produits attiraient l'attention par des couleurs et des formes agréables ; le tissu était souvent d'une finesse et toujours d'une régularité surprenantes.

Je ne pus m'empêcher d'en faire mon compliment au vieillard, après lui avoir adressé un salut, qu'il me rendit avec cordialité. Répondant ensuite à mes éloges, il me dit :

— Voilà plus d'un demi-siècle que je tresse l'osier : il n'est donc pas étonnant que je sois parvenu à un certain fini dans l'exécution, et qu'on aime dans le pays les corbeilles, les paniers et les berceaux de Germain.

— Ah! c'est vous, monsieur, qui êtes ce Germain le Bourguignon, dont j'ai entendu parler tant de fois! Je connais des enfants qui passent d'heureux moments dans la jolie voiture que vous leur avez faite.

— Oui, c'est moi, monsieur, qui suis Germain le vannier ou le Bourguignon, comme vous dites ; mais mon règne passe, et mon successeur sera, je l'espère, mon fils, mon Philippe, enfant de quinze ans, qui dort là-dedans sur la paille.

Je m'approchai de la voiture et j'aperçus le jeune garçon, qui paraissait plongé dans un profond sommeil.

— Il en aura pour quelques heures, dit le vieillard ; il a beaucoup marché tout le jour pour placer notre marchandise.

— Et vous cheminerez toute la nuit?