— Je vais à *** ; c'est à six lieues d'ici, et, pour ménager mon vieux serviteur, je ne vais guère qu'au pas.

— En ce cas, nous pourrons bien, si cela vous plaît, faire la route ensemble : je vais au même endroit que vous.

— Monsieur, votre compagnie me sera fort agréable. Vous avez choisi la nuit, comme moi, pour éviter la chaleur?

— Oui, monsieur Germain, et nous aurons une nuit aussi belle que le plus beau jour.

— Voilà, dit le vieillard, les premières étoiles qui se montrent ; elles ont un éclat extraordinaire. Voyez Vénus au couchant, et, là-bas à l'orient, Jupiter, qui se lève pour escorter la lune, dont la lumière ne l'empêche pas de briller lui-même comme un diamant!

— Oh! monsieur Germain, vous connaissez l'astronomie!

— Moi? pas du tout! je n'en sais pas même autant que l'almanach ; seulement, je me suis fait nommer, dans l'occasion, quelques étoiles : ce sont des choses qu'on n'oublie pas. Ah! monsieur, que le ciel est beau!

En disant ces mots le vieillard leva un peu la tête, et je pus le considérer à loisir, parce qu'il resta quelques moments plongé dans une contemplation muette. Les rayons de la lune brillaient dans ses yeux humides ; une sérénité céleste se répandit sur sa figure ; ses lèvres paraissaient articuler quelques mots : ce ne pouvait être qu'une prière. Je n'avais jamais vu, ailleurs que dans les tableaux, une tête de vieillard aussi belle et aussi expressive.

Au bout de quelques instants il reprit la parole.

— Vous me semblez, monsieur, un écolier en vacances, qui va peut-être passer les congés dans la maison paternelle.