Je travaillais presque tous les soirs chez ma voisine Claude : Sophie s'exerçait auprès de moi aux mêmes ouvrages. La pauvre enfant, qui m'aimait comme un frère et qui désirait que je fusse content d'elle, fit bientôt des paniers et des corbeilles acceptables ; de mois en mois ses ouvrages furent moins imparfaits. Où ne va-t-on pas avec le zèle et la docilité? D'ailleurs les mains de la femme ont une merveilleuse souplesse, et la vannerie est une industrie qui leur convient parfaitement.

Cependant Sophie se faisait grande, et le temps approchait où notre sort devait se décider.

Un jour, quelques voisins et voisines étaient chez moi et me regardaient travailler. On louait beaucoup un joli berceau que je venais d'achever.

— Ce n'est rien que cela, leur dis-je en riant, je vous ferai voir quelque chose de mieux!

J'allai prendre dans mon magasin une corbeille à fruits, pour dessert.

Tout le monde l'admira ; les femmes ne pouvaient croire que les mains d'un homme fussent capables de tresser des fils si déliés.

— Aussi, n'est-ce pas une main d'homme qui a fait cette corbeille, c'est une main de femme, c'est celle de Sophie.

— Alors elle en sait autant que son maître, dit le voisin Louis.

— Je ne sais rien que Germain ne m'ait enseigné, répondit ma jeune parente, et je lui en serai obligée toute ma vie.

Ces paroles me touchèrent le cœur, et je dis le lendemain à ma voisine :