— Ils sont à vendre, madame, et ils sont tous de ma fabrique.
— Combien donc me demanderez-vous pour cette jolie corbeille?
— Madame, je n'en sais vraiment rien ; vous êtes la première personne avec qui j'ai affaire. Je fais mon premier voyage, une tournée d'essai.
Là-dessus je donnai quelques explications, et la dame, qui m'écoutait avec le plus vif intérêt, me fit entrer dans la cour avec la voiture. On me dit de m'asseoir sur un banc de pierre ; on me servit quelques rafraîchissements, et encouragé par la bonté de mes hôtes, je fis mon histoire en détail.
La dame, qui me témoignait tout l'intérêt d'une amie, me dit enfin :
— Puisque vous désirez fixer vos idées sur le prix que peuvent valoir vos produits, vous ferez bien d'aller jusqu'à la ville avec tout votre assortiment. Vous y trouverez des marchands de vannerie, et vous apprendrez à connaître les prix des divers articles. Vous pourrez alors commencer à vendre, sans craindre de demander trop ou trop peu. Au retour, si vous avez encore quelques objets qui me conviennent, je les achèterai.
— Non, madame, je ne veux pas que vous ayez le rebut. Votre conseil est excellent, et il ne sera pas trop payé par cette corbeille, que je vous prie d'accepter.
— Je la prends, mais je la paie un écu, me dit-elle. Vous voilà étrenné ; le cœur me dit que cela vous portera bonheur.
Il me fallut en passer par là ; je suivis le conseil de la dame, et ne vendis plus rien avant d'être arrivé à la ville. Je vis des ouvrages du même genre que les miens. Il y en avait d'une jolie forme, mais le plus grand nombre étaient faits négligemment. C'était ce qu'on appelle de la marchandise de pacotille. Je trouvai pourtant que ces articles se vendaient assez cher, et je me dis : si l'on paie aussi raisonnablement les miens, je serai content.
Je commençai donc à circuler dans les rues avec ma petite voiture. Cet objet nouveau attira l'attention. Les connaisseurs s'aperçurent bientôt que ma vannerie était travaillée en conscience ; cependant quelques personnes croyant le pauvre montagnard simple et sans expérience, voulaient avoir les choses à vil prix ; mais d'autres furent plus justes et plus généreuses. Je vendis tout en trois jours, et je comptai avec joie dans ma bourse cent vingt-cinq francs et quelques centimes.