Il ne me restait plus que la voiture ; je la vendis, comme le voisin me l'avait demandé, et, quoiqu'elle ne fût pas d'un bien bon travail, j'en tirai quelques sous de plus que le prix fixé par le fabricant. Alors, prenant mon bâton, je m'acheminai vers nos montagnes. J'avais les pieds et le cœur bien légers, et m'en retournai plus vite que je n'étais venu.

Je saluai en passant la dame qui m'avait donné un bon conseil, et la remerciai du mieux que je sus faire. Mais que j'eus de plaisir à revoir Claude et Sophie, et qu'elles furent heureuses elles-mêmes d'apprendre le bon succès de mon voyage!

— Il ne s'agit plus que de fabriquer, leur disais-je ; le débit de notre marchandise est assuré.

5. — Germain se marie.

Sophie consentit d'être la femme du vannier ; et dès-lors commencèrent pour moi une suite de belles années, dont le souvenir m'est bien doux et fait pourtant couler mes pleurs.

— Mon Dieu, monsieur Germain, auriez-vous perdu votre bonne femme?

— Il y a six ans, me répondit-il, et il me semble que ce soit hier.

Après un moment de silence, il poursuivit son récit.

— Aussitôt que nous fûmes en ménage, nous commençâmes à travailler avec un nouveau zèle. Il fallait pourvoir non-seulement au présent, mais aussi à l'avenir. Sophie avait soin du ménage et des chèvres, qui mangeaient l'herbe de notre petit pré et les feuilles de notre oseraie. Cependant ma femme trouvait encore du temps pour travailler avec moi. Nous passâmes tout l'hiver à fabriquer de nouvelles marchandises, et quand les beaux jours furent venus, nous descendîmes, Sophie et moi, de notre montagne. Je fis un voyage plus lucratif encore que le premier, et surtout bien plus agréable.

6. — Son industrie excite celle de ses voisins.