J'étais occupé à traire la chèvre, pendant que mon grand-père allumait le feu: tout à coup elle a dressé les oreilles, comme frappée d'un bruit extraordinaire, puis elle s'est mise à trembler de tous ses membres.
J'en ai fait l'observation à haute voix, et, lui adressant la parole:
—Qu'as-tu donc, ma pauvre Blanchette? disais-je en la caressant; mais aussitôt nous avons entendu des hurlements affreux comme sur nos têtes.
—Des loups! me suis-je écrié.
—Tais-toi, mon enfant, caresse Blanchette, a dit grand-papa, et il s'en est approché lui-même pour lui donner un peu de sel. Elle continuait de trembler, et les hurlements ne cessaient pas de se faire entendre.
—Eh bien, Louis, que serions-nous devenus, si tu avais ouvert un passage jusqu'à la fenêtre? m'a-t-il dit à voix basse. Qui sait même si la cheminée n'eût pas été une entrée praticable pour ces bêtes affamées?
—Eh! sommes-nous en sûreté, même dans l'état où nous voilà?
—Je l'espère, mais parlons bas, et ne cesse pas de caresser Blanchette; ses bêlements pourraient nous trahir!
On aurait dit qu'elle s'en doutait, car elle ne faisait pas le moindre bruit. Grand-papa est venu s'asseoir auprès de moi; je tenais la chèvre embrassée; il avait la main posée sur mon épaule, et j'avais besoin de considérer sa figure calme et sereine, pour ne pas mourir de frayeur.
Tout ce que j'avais éprouvé jusqu'alors ne se peut comparer à l'angoisse où j'ai été hier, pendant presque toute la journée. Nous l'avons passée auprès de Blanchette, et, à plusieurs reprises, nous avons entendu les hurlements des loups. Il y eut un moment où cela devint si fort, que je crus notre dernière heure arrivée.