Le laitage peut sans doute suffire à l'homme pour sa nourriture; les bergers des Alpes en vivent une grande partie de l'année, et les peuples qui se nourrissent de pain et de viande, et qui boivent du vin, ne sont pas toujours aussi vigoureux; mais dans nos villages on est accoutumé à plus de variété; d'ailleurs les habitudes d'un vieillard sont plus difficiles à changer, et il me fâche beaucoup de voir grand-papa réduit au lait de Blanchette.

Pour lui, il ne veut pas que je le plaigne, et, comme je lui disais ce soir combien je souffrais de ses privations, dont ma désobéissance a été la première cause, il m'a interrompu:

—Tu peux me dire des choses plus agréables, mon enfant. Récite-moi, pour finir la journée, une de ces petites pièces de vers qui se sont fixées dans ta mémoire.

En jetant les yeux sur Blanchette, qui semblait disposée à m'écouter aussi, je me suis rappelé une fable où il est question des personnes de son espèce. La voici:

Les Chèvres sauvages.

Un chevrier, dans la froide saison,

Ouvrit sa porte à des chèvres sauvages.

On ne trouvait plus d'herbe aux pâturages;

Le mieux était d'accepter sa maison.