"Quand vous êtes au matin, ainsi s'exprime le livre, pensez que vous n'irez peut-être pas jusqu'au soir, et, quand vous êtes au soir, ne vous flattez pas de voir le matin. Soyez donc toujours prêts; de telle sorte que la mort ne puisse pas vous prendre au dépourvu. Plusieurs meurent d'une mort subite et imprévue. Car le Fils de l'homme viendra à l'heure qu'on n'y pense pas."

—J'aime à voir, m'a dit grand-papa, combien ce livre te devient familier. Si tu continues, il sera bientôt pour toi un véritable ami; il répondra souvent à tes pensées; dans les occasions difficiles il sera ton fidèle conseiller: il appuiera tes propres réflexions de son autorité respectable, et, comme tu le trouveras assez souvent d'accord avec toi, il te donnera le degré de confiance en tes forces que tu dois raisonnablement souhaiter. Voilà, mon enfant, l'usage qu'on peut faire d'un bon livre, et, je te l'assure, bien des gens possèdent de grandes bibliothèques, qui ne savent pas en profiter sagement, parce qu'ils ne cherchent dans la lecture qu'un amusement de l'esprit, et nullement une aide à l'expérience journalière. Ils vivent pour lire, au lieu de lire pour vivre. Tâche de ne pas les imiter.

Le 18 Décembre.

Mon grand-père n'a presque pas mangé de toute la journée; il a encore essayé de mêler un peu de café avec son lait, et il en a bu quelques gorgées; il a consenti, sur mes instantes prières, à y tremper un peu de pain; il a fait des efforts, qu'il n'a pu me cacher, pour paraître, comme d'habitude, tranquille et serein: j'en étais bien touché, mais cela n'a pas fait cesser mon inquiétude. S'il allait tomber malade, quand notre position devient chaque jour plus difficile et plus triste, mon Dieu, que nous aurions besoin de votre secours! Je l'implore ici de tout mon cœur, en me résignant à tout ce qu'il vous plaira de commander!

Le 19 Décembre.

Pourquoi me plaindre des difficultés qui m'entourent, puisque chacune est un aiguillon pour mon esprit et pour mon courage? La fumée nous faisait tellement souffrir que nous désirions vivement de rouvrir la trappe, s'il était possible, en déblayant la neige qui la couvre; d'un autre côté, nous étions retenus par la crainte des loups. Eh bien, j'ai trouvé aujourd'hui moyen d'arranger tout cela; nous pourrons faire du feu, nous en avons fait, sans être incommodés de la fumée, et sans nous exposer aux attaques de nos redoutables ennemis.

Mon grand-père se plaignait d'engourdissement, et je l'attribuais à la privation de feu; car il ne fallait guère compter ce que nous en donnaient les pommes de pin, quand nous étions obligés de nous en tenir à ce faible secours; j'avais remarqué dans un coin de l'étable, où nous tenons notre petite provision de pommes de terre, un tuyau de fer tout rouillé; je savais qu'il avait servi, l'année précédente, où l'on avait chauffé quelque temps le chalet, au moyen d'un petit poêle, qui n'existe plus maintenant.

—Si nous pouvions, ai-je dit, fixer ce tuyau sur la trappe, en y faisant une ouverture convenable!

—L'idée est heureuse, répondit grand-papa, mais l'exécution présente bien des difficultés. Comment faire cette ouverture? Comment t'établir là-haut pour ce travail? Cela n'est pas sans danger, et je ne souffrirai pas que tu t'exposes à un grave accident, pour m'épargner quelque incommodité.

J'ai gardé le silence, et je me suis mis à rêver. Je savais bien qu'il me serait inutile d'insister, aussi longtemps que je n'aurais pas trouvé les moyens de rassurer complétement mon grand-père.