J'ai vu d'abord que ce n'était pas une chose très-difficile de percer le trou. La planche n'est pas fort épaisse, et l'un de nos couteaux est armé d'une assez bonne scie. Quelques jours auparavant, j'avais trouvé au fond du tiroir de la table une vrille, bien émoussée, il est vrai, mais avec laquelle on parviendrait cependant à percer une planche de sapin. Un premier trou pratiqué, je pouvais faire agir la scie, en l'introduisant par cette ouverture, et enlever un morceau de bois rond, mesuré sur le tuyau de fer.

Mais comment me placer assez solidement pour exécuter cet ouvrage? J'avais une corde neuve et forte; je l'ai fixée solidement à la partie supérieure de la perche, en laissant un peu plus bas comme deux étriers, où je pouvais engager mes pieds, une fois que je serais arrivé en haut. J'ai pris d'ailleurs, comme secours, un autre bout de la corde, pour le fixer à l'anneau de la trappe et me l'attacher autour des reins.

Après avoir expliqué à grand-papa comment j'allais m'y prendre, j'ai obtenu qu'il me laissât faire, et j'ai si bien pris mes mesures que, du premier coup, le tuyau a passé par l'ouverture, où je l'ai fixé au moyen de quelques clous, enfoncés dans un rebord, que j'avais percé de place en place auparavant.

Je suis redescendu tout joyeux; j'ai enlevé du foyer la neige que le tuyau avait tranchée en s'élevant, et j'ai eu le plaisir de voir monter sans peine la fumée d'un feu pétillant, que mes mains venaient d'allumer.

Voilà l'emploi de toute ma journée; mais il faut considérer que les outils n'étaient pas des meilleurs, que la place était incommode, et, surtout, l'ouvrier inexpérimenté. Je ne mérite pas cependant tout ce que mon grand-père veut bien me dire pour me récompenser de ma peine. Je suis trop payé par le plaisir de le voir, les pieds sur les chenets, se réjouir à la clarté du feu, et se réchauffer avant de se mettre au lit.

Après avoir entendu la lecture de ce qui précède, grand-papa exige que j'écrive encore ce qu'il va me dicter. C'est lui qui parle:

—J'ignore ce que l'avenir me garde, mais je veux, s'il est possible, que l'on ne puisse pas ignorer un seul des motifs que j'ai de bénir Dieu dans cette prison, si triste en apparence. Mon petit-fils s'exprime toujours avec la réserve qui lui convient, quand il parle de ce qu'il a fait, et je me garderai bien de blesser son humilité par mes éloges. "La louange des hommes ne nous rend pas plus saint," dit le sage dont nous méditons chaque jour les leçons avec un nouveau plaisir; "vous êtes ce que vous êtes, et ce que les hommes peuvent dire de vous ne vous rendra pas plus grand aux yeux de l'Éternel." Mais, si la conduite de mon petit-fils me remplit de joie, je peux bien me permettre de le lui témoigner, surtout si je rapporte à Dieu la gloire de ce que je vois faire à cet enfant pour son aïeul. Oui, mon fils, à Dieu seul la gloire! C'est lui que tu as d'abord en vue dans l'accomplissement de tes devoirs. Aujourd'hui, par exemple, tout le temps que tu as consacré à ce travail difficile, qui devait m'être si profitable, a été sans doute pour toi un temps de prière. Tandis que tes mains agissaient de toutes leurs forces, ton jeune cœur s'élevait à Dieu avec l'ardeur de ton âge; tu lui demandais que le succès répondît à nos désirs. Heureux emploi de la vie! Voilà comme il faut toujours travailler. Citons encore notre sage:

"Les occupations extérieures tirent souvent l'âme au-dehors, et l'empêchent de se recueillir et de se tenir présente à Dieu; mais quand on ne fait que se prêter à des emplois extérieurs, pour se livrer, en les remplissant, à la volonté de Dieu qui nous y applique, alors on n'y est point dissipé, et l'on n'y fait en divers emplois qu'une chose, qui est de chercher à contenter Dieu."

—Faites, Seigneur, a dit enfin mon grand-père, que le vieillard ait lui-même la sagesse qu'il souhaite à l'enfant! Si vous vous êtes servi de moi pour appeler à vous mon petit-fils, continuez, je vous en prie, à vous servir de lui pour mon propre salut! Ainsi soit bénie mon épreuve, et bénie la captivité à laquelle vous me condamnez avec lui! Je ne refuse rien, Seigneur; j'accepte toutes les souffrances, si elles peuvent servir à nous approcher de vous.

Le 20 Décembre.