A peine la classe est-elle licenciée, que les cris joyeux, les mouvements impétueux remplacent le silence et la contrainte. On s'élance, on court, on se presse; les jeux se forment devant la maison d'école, et trop souvent les querelles naissent en même temps.

J'ai pris ma part de ces travaux et de ces plaisirs: il me semble que je les goûte encore, en les retraçant ici. Je rêve tout éveillé, je me souviens et j'oublie...

—Pauvre Louis! m'a dit mon grand-père, quel nouveau sujet as-tu de soupirer? faudra-t-il que je te défende le délassement que je t'ai conseillé moi-même? Sois le maître de tes pensées et de ta plume; occupe-les de sujets propres à te fortifier; considère que ta condition présente exige de toi de la fermeté, et que bientôt peut-être il t'en faudra davantage.

—Etes-vous moins bien, ce soir, mon cher grand-papa?

—Non, mon enfant, et, si je viens de me coucher, c'est seulement par prudence; je veux faire si bien que, dans deux ou trois mois, nous descendrons gaillardement la montagne, Blanchette courant devant nous. Comme on sera joyeux de nous revoir!

—On n'attendra pas que nous nous mettions en route, je vous assure, et l'on viendra frapper à notre porte, plus tôt que vous ne croyez.

—On viendra frapper à notre porte?

En répétant mes paroles, mon grand-père a pris un air grave, et il m'a serré la main.

—Et si le messager de délivrance venait m'appeler, non pas au village, mais au ciel, que ferais-tu, mon enfant? Voyons! il faut prévoir le cas et se préparer. Tu seras, je n'en doute point, un excellent garde-malade, et, tant que je vivrai, je compte sur ta fermeté: mais après... il te resterait d'autres devoirs... envers ma cendre: Pourrais-tu les accomplir?

Ici j'ai interrompu mon grand-père par mes sanglots; je l'ai prié de ne pas poursuivre. Nous nous sommes embrassés, et, après avoir ajouté à mon journal le récit de cette pénible scène, je vais en demander l'oubli au sommeil.