A cette nouvelle, j'ai poussé un cri d'effroi, et, sautant à bas du lit, j'ai allumé bien vite notre lampe, et nous avons pu nous assurer que la triste supposition de mon grand-père était fondée.

—Mais la fenêtre est basse, a-t-il ajouté; d'ailleurs, il est probable que la neige a été amoncelée en cet endroit; peut-être n'en verrions-nous pas deux pieds à quelques pas de la muraille.

—Alors on viendra nous délivrer?

—Je l'espère; mais, après Dieu, comptons d'abord sur nous-mêmes. Supposons qu'il veuille nous tenir enfermé ici quelque temps, voyons quelles sont nos ressources, et, quand nous les connaîtrons, nous réglerons l'emploi que nous en devons faire. Le jour est venu, ce n'est pas douteux. Le coucou[ [1] marque sept heures; heureusement je n'avais pas oublié de le remonter hier au soir. C'est une précaution que nous devrons prendre soigneusement; on aime toujours à savoir comment on vit, et il faut que nous soyons ponctuels avec Blanchette.

[1] C'est le nom que l'on donne aux horloges de bois qui se fabriquent dans ces montagnes et dont la marche est très-regulière.

C'est ainsi que nous avons commencé la journée; mais elle a été triste et fatigante: je ne peux plus tenir la plume; grand-papa est d'avis que je renvoie à demain la suite de mon récit.

Le 23 Novembre.

Si cela continue, j'aurai bien de la peine à écrire chaque soir l'histoire de la journée. Quand j'étais à l'école, on me louait souvent pour la facilité que j'avais à faire les petites compositions prescrites comme exercices aux plus avancés; mais je suis bien loin de pouvoir dire et surtout écrire tout ce que je pense et tout ce que je sens. Je m'y appliquerai de mon mieux. Si ces pages doivent être lues un jour par quelques étrangers, ils n'oublieront pas qu'ils les ont trouvées dans un chalet, et qu'elles sont l'ouvrage d'un écolier.

Hier matin, quand nous eûmes reconnu que nous étions plus étroitement prisonniers que la veille, nous fûmes bien attristés; cependant nous pensâmes au déjeuner et à la chèvre. Pendant que grand-papa était occupé à la traire, je le regardais de près, avec beaucoup d'attention.

—Tu fais bien, m'a-t-il dit; il faut que tu apprennes à me remplacer. Tu vois que j'ai un peu de peine à me courber pour atteindre à la mamelle de Blanchette. Approche-toi, essaye de la traire toi-même.